Du mouillage de Livadi, le regard grimpe naturellement vers les hauteurs : à 200 mètres au-dessus de la baie, un village blanc coule comme une cascade de sucre le long de la crête. C'est la Chora de Sérifos, l'une des plus saisissantes des Cyclades, et elle donne le ton d'une île restée à l'écart des grands circuits. Ici, pas de terminal ni de file d'autocars : les navettes déposent les passagers au port de Livadi, village d'une rue face aux voiliers, et le paysage fait le reste.
Sérifos cultive une beauté aride, minérale, adoucie par des dizaines d'anses de sable. Les Grecs la surnomment parfois la dame de fer, en souvenir des mines qui ont façonné son histoire. C'est une escale pour voyageurs curieux, amateurs de Grèce sans fard. C'est ici, raconte la mythologie, que s'échoua le coffre de Danaé et de son fils Persée, futur vainqueur de Méduse : le décor a toujours eu le sens du récit.
Livadi et la plage d'Avlomonas
Autour du débarcadère s'alignent tavernes, cafés et commerces au ras de l'eau. À 500 mètres à peine commence Avlomonas, la plus longue plage de l'île, un arc de sable ourlé de tamaris où l'on s'installe à l'ombre entre deux baignades, serviette posée à même le sable. Les tavernes du front de mer servent poulpe grillé, salades crétoises de tomates mûres et petits poissons frits, à des tables où le temps ne compte plus. Le soir venu, les terrasses s'allument une à une le long de l'eau.
Prendre de la hauteur
L'ascension constitue le grand moment de l'escale. Un autobus local et les taxis franchissent la montée en une dizaine de minutes; les marcheurs emprunteront plutôt l'ancien sentier pavé, une cinquantaine de minutes d'effort récompensées à chaque lacet. Là-haut, le village se divise entre Kato Chora, la partie basse, et Ano Chora, la haute, enchevêtrement de cubes blancs, d'escaliers et de passages voûtés. Des moulins à vent gardent l'entrée du village, et depuis les ruines du kastro vénitien, au sommet, la baie s'étale en contrebas comme une carte dépliée. Sur la petite place, deux ou trois cafés servent le frappé à l'ombre d'un figuier, entre bougainvilliers et pots de basilic; les ruelles n'ont pas changé d'échelle depuis des siècles.
La mémoire des mines
L'ouest de l'île raconte une autre histoire. Autour de Megalo Livadi et de Koutalas, à environ 11 km de là, wagonnets rouillés, ponts de chargement et bâtiments abandonnés composent un musée minier à ciel ouvert. Le fer de Sérifos s'exportait dans toute l'Europe, au prix de conditions terribles : un monument honore les mineurs tués lors de la grève de 1916, épisode marquant de l'histoire ouvrière grecque. Le contraste entre ces vestiges industriels et les criques limpides qui les entourent ne ressemble à rien d'autre dans les Cyclades.
S'orienter
| Lieu | Accès depuis le débarcadère |
|---|---|
| Plage d'Avlomonas | 500 mètres à pied |
| Chora | 10 minutes en autobus ou taxi, 50 minutes par le sentier |
| Secteur minier de la côte ouest | En taxi, côte ouest |
| Criques et anses de l'île | En taxi ou véhicule de location |
Avec 72 plages recensées, l'île comble aussi les amateurs de baignade : criques de sable blond, eaux transparentes, tavernes isolées. Celles de Sykamia ou d'Agios Sostis, entre autres, se méritent par de petites routes, mais récompensent largement le détour. L'après-midi, le retour vers le port laisse le temps d'un dernier ouzo face aux voiliers.
Sérifos ne s'embellit pas pour plaire; elle se contente d'être vraie, rocailleuse et lumineuse à la fois. Quand la navette s'éloigne et que le bourg perché redevient une tache blanche sur la montagne, on emporte le souvenir d'une Grèce d'avant le tourisme, celle que l'on croyait disparue et qui, ici, continue tranquillement d'exister.


