Il y a vingt-cinq siècles, un homme vivait ici dans une jarre et se promenait en plein jour avec une lanterne, disant chercher un être humain honnête. Diogène le Cynique, le plus célèbre enfant de Sinop, accueille aujourd'hui les voyageurs sous la forme d'une statue dressée en plein cœur des rues commerçantes, lanterne à la main. Sa présence donne le ton : cette presqu'île de la mer Noire, au point le plus septentrional de la Turquie, porte une histoire dense sous ses allures de paisible cité portuaire.
Un débarquement au plus près du centre
Le quai se trouve à courte distance du cœur de la cité, et presque tout s'y rejoint à pied. Les premières minutes suffisent pour saisir l'atmosphère : des bateaux de pêche amarrés en rangs serrés, des filets étendus sur les quais, des restaurants qui grillent le poisson du matin et, en toile de fond, des remparts dont certaines portions remontent à près de 2500 ans. Fondée au septième siècle avant notre ère par des colons grecs venus de Milet, la cité doit son nom à Sinope, reine amazone de la mythologie.
La forteresse devenue prison, puis musée
L'attrait le plus marquant de l'escale occupe l'enceinte fortifiée elle-même. Chantier naval à l'époque seldjoukide, le site fut converti en prison en 1887 et le demeura jusqu'en 1999. Entre ses hauts murs battus par les vagues ont séjourné plusieurs écrivains et intellectuels turcs, dont les récits ont fait de cette geôle un lieu à part dans la mémoire du pays. Transformé en musée, l'ensemble se parcourt aujourd'hui librement : cours silencieuses, dortoirs aux fenêtres grillagées, murs épais où la mer résonne. La visite remue, et c'est précisément ce qui la rend précieuse.
Flâner entre remparts et maisons de bois
Autour de la forteresse, les venelles mêlent maisons de bois, mosquées anciennes et commerces d'artisans. On longe la muraille par tronçons, on grimpe sur les portions accessibles pour observer les deux rives de la presqu'île, puis on redescend vers le marché où s'empilent noisettes, poissons séchés et douceurs locales. Les habitants aiment rappeler que leur cité figure régulièrement parmi les plus heureuses de Turquie, et l'ambiance décontractée des terrasses en donne un aperçu convaincant. Les jardins de thé installés face aux vagues invitent à la pause : on y suit des yeux les cargos qui croisent au large, un verre tulipe à la main, pendant que les mouettes disputent leurs restes aux chats du marché. La cuisine de la mer Noire s'impose au menu : anchois frits selon la saison, pides sorties du four et thé servi sans interruption.
La nature aux portes de la presqu'île
Ceux qui souhaitent s'éloigner du centre mettent le cap sur la baie de Hamsilos, une échancrure étroite et boisée que les habitants comparent à un fjord. Les eaux y restent calmes même lorsque la mer Noire s'agite, et les sentiers qui suivent la rive se prêtent à une promenade tranquille entre les pins. Le secteur se rejoint en taxi en quelques kilomètres depuis les quais, ce qui reste compatible avec le temps d'une escale, à condition de convenir du retour avec le chauffeur.
Repères pratiques
- Noyau ancien, remparts et prison-musée accessibles à pied depuis le quai.
- Baie de Hamsilos à quelques kilomètres, en taxi ou en excursion organisée.
- Monnaie : livre turque; la monnaie locale demeure préférable aux devises étrangères.
- Langue : turc; l'anglais reste limité hors des sites touristiques.
En regagnant la passerelle, on repense à Diogène et à sa lanterne. Sinop n'a rien d'une escale tapageuse : elle offre plutôt une rencontre franche avec la mer Noire, ses pêcheurs, ses vieilles pierres et ses mémoires difficiles. Ceux qui débarquent avec curiosité remontent à bord avec le sentiment d'avoir touché une Turquie que peu de croisiéristes connaissent.


