Peu de cités peuvent prétendre avoir rivalisé avec Athènes. Syracuse l'a fait. Au cinquième siècle avant notre ère, cette colonie grecque de Sicile comptait parmi les plus puissantes de la Méditerranée, patrie d'Archimède et convoitise de tous les empires. Le navire accoste aujourd'hui à deux pas de l'île d'Ortygie, le noyau originel de la cité, et cette proximité change tout : ici, l'Antiquité se rejoint à pied, sans autocar ni file d'attente.

Ortygie, une île dans la ville

Depuis le quai, un quart d'heure de marche suffit pour franchir le pont et pénétrer dans le quartier ancien. Dès l'entrée, les colonnes doriques du temple d'Apollon émergent au milieu des immeubles, premières traces d'un passé qui affleure partout. Les ruelles s'enfoncent ensuite entre les palais baroques, les balcons de fer forgé et les façades de pierre blonde, jusqu'au marché où les étals débordent d'agrumes, de fromages et de poissons de la nuit. Les vendeurs interpellent, goûter fait partie de la visite. Un séisme ravagea la région en 1693, et la reconstruction qui suivit a laissé aux ruelles leurs palais et leurs églises baroques; l'ensemble, avec la nécropole voisine de Pantalica, figure au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La piazza del Duomo, un livre d'histoire à ciel ouvert

Au cœur de l'île, la piazza del Duomo s'ouvre comme une scène de théâtre baroque, entourée de palais aux courbes claires. La cathédrale en occupe le centre et raconte à elle seule vingt-cinq siècles : l'édifice enveloppe un temple grec dédié à Athéna, dont les colonnes massives restent visibles, prises dans les murs. Peu de lieux en Méditerranée montrent avec autant d'évidence la continuité entre le monde antique et le nôtre. À quelques rues de là, la fontaine d'Aréthuse retient une nappe d'eau douce au bord de la mer, où poussent des papyrus, rappel du lien ancien entre la Sicile et l'Égypte. Le front de mer qui contourne l'îlot offre ensuite une marche dégagée, entre murailles anciennes et criques où les habitants se baignent dès les beaux jours.

Neapolis, le théâtre des Grecs

De l'autre côté du pont, à environ deux kilomètres, le parc archéologique de Neapolis rassemble les monuments majeurs de la cité antique. Le théâtre grec, creusé dans la roche, accueillait déjà des tragédies il y a plus de deux mille ans. Tout près, l'ancienne carrière des Latomies abrite la grotte dite Oreille de Denys, une cavité haute et sinueuse à l'acoustique troublante. Des allées ombragées relient les principaux vestiges, et la visite complète occupe aisément deux heures. Le trajet se fait à pied en moins d'une demi-heure depuis le pont, ou en taxi pour économiser ses forces sous le soleil sicilien.

Se repérer pendant l'escale

TrajetÀ pied
Quai → entrée d'Ortygie10 à 15 minutes
Quai → piazza del Duomoenviron 15 minutes
Entrée de l'île → parc de Neapolisenviron 25 minutes

Tout se joue donc dans un rayon restreint, ce qui laisse du temps pour s'attarder. Une glace à la pistache, un café en terrasse, un détour par les quais où les pêcheurs réparent leurs filets : l'escale se savoure autant qu'elle se parcourt. Les becs sucrés commanderont une granita aux amandes ou au citron, servie avec sa brioche à la mode sicilienne, pendant que les curieux inspecteront les étals des poissonniers, où l'espadon trône sur la glace.

Le dernier regard

En fin de journée, la lumière rase donne aux façades d'Ortygie une teinte de miel, et la mer encercle l'île comme au premier jour. On comprend alors pourquoi tant de civilisations ont voulu posséder Syracuse. Grecs, Romains, Arabes, Normands, Espagnols : chacun a laissé une strate, et la cité les porte toutes avec une aisance déconcertante. Les passagers qui remontent à bord emportent un fragment de cette longue histoire, avec l'envie d'y revenir pour les chapitres manquants.