Il y a deux mille ans, Tarraco était la capitale de la plus vaste province romaine d'Hispanie, et les empereurs y passaient l'hiver. La ville moderne a grandi sur ce socle antique sans jamais l'effacer : on y croise un amphithéâtre face à la mer, un cirque enfoui sous les maisons et des remparts qui servent de promenade. Les navires accostent au Moll de Balears, dans le grand bassin commercial, à environ 2 à 3 km de la vieille ville. Une navette relie le quai au centre en une quinzaine de minutes, et les plus marcheurs rejoignent l'amphithéâtre à pied en moins de vingt minutes.

L'amphithéâtre face à la Méditerranée

Peu de monuments romains jouissent d'un tel décor. Construit au IIe siècle à flanc de rivage, l'amphithéâtre ouvrait ses gradins sur la mer, et les vagues servent toujours de toile de fond aux arènes où s'affrontaient les gladiateurs. L'ensemble archéologique de Tarraco est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis l'an 2000. Juste au-dessus, le Balcó del Mediterrani, belvédère en fer forgé au bout de la Rambla Nova, invite à « toucher le fer », un geste local censé porter chance.

La Part Alta, deux mille ans d'étages

En grimpant vers la Part Alta, le quartier haut, les siècles se superposent à chaque coin de rue. Les voûtes du cirque romain, où couraient les chars, soutiennent des habitations médiévales; le prétoire domine toujours la côte; et les ruelles débouchent sur des places où les terrasses s'installent dès le matin. La cathédrale, commencée au XIIe siècle, marie roman et gothique derrière une rosace imposante. Son cloître, planté d'orangers, offre une pause fraîche à l'écart du mouvement, avec le chant d'une fontaine pour seule bande sonore.

Castells, l'art de monter des tours humaines

Tarragone est l'une des capitales des castells, ces tours humaines catalanes inscrites elles aussi au patrimoine immatériel de l'UNESCO. Les colles locales comptent parmi les plus titrées, et une sculpture de bronze sur la Rambla Nova fige l'un de ces châteaux de corps en plein effort. Avec un peu de chance, un entraînement ou une fête coïncidera avec le passage du navire; voir des enfants grimper au sommet d'une pyramide de huit étages humains reste un souvenir qui ne s'invente pas. Le rite suit une partition précise : les plus costauds forment la base, la gralla, une flûte stridente, accompagne la montée, et la place entière retient son souffle jusqu'au salut de l'enfant parvenu au sommet.

El Serrallo, le quartier des pêcheurs

Entre le terminal et le centre, le quartier maritime d'El Serrallo aligne ses maisons basses autour du bassin de pêche. En fin d'après-midi, les chalutiers rentrent débarquer leur cargaison, et la criée s'anime sous les regards des habitués. Les restaurants du quai servent le poisson du matin, le riz noir à l'encre de seiche et la romesco, cette sauce aux amandes et aux poivrons née précisément sur cette côte. C'est l'endroit tout indiqué pour dîner tôt avant de remonter à bord, et les photographes s'y attardent pour les reflets des coques dans le bassin.

Repères pour organiser la journée

TrajetDistance ou durée approximative
Terminal → vieille ville (navette)15 min
Sortie du port → amphithéâtre (à pied)17 min
Sortie du port → cathédrale (à pied)23 min
Centre → aqueduc du Pont del Diable4 km au nord

Au retour, beaucoup s'arrêtent une dernière fois au Balcó del Mediterrani pour embrasser d'un seul regard l'amphithéâtre, la plage et le large. Tarragone a ceci de particulier qu'elle ne met pas son passé sous cloche : on marche dessus, on s'y assoit, on y vit. Repartir avec l'image de gradins romains battus par les vagues, c'est déjà se promettre de revenir voir ce que deux mille ans ont laissé d'autre.