Un géant dort à l'horizon. Vu du pont, le promontoire qui ferme la rade dessine très nettement un profil couché, bras croisés sur la poitrine : c'est le Géant endormi, formation rocheuse devenue emblème de Thunder Bay et le premier spectacle offert aux passagers qui abordent la rive canadienne du lac Supérieur. Les navires d'expédition accostent au quai de Pool 6, sur un ancien site d'élévateurs à grain, à courte distance du parc riverain et de la marina.

La mer intérieure

Le lac Supérieur impose d'emblée ses dimensions : la plus vaste étendue d'eau douce du monde par sa superficie, des tempêtes de réputation océanique, une eau froide et limpide qui a englouti bien des cargos. Thunder Bay en fut longtemps l'un des grands ports céréaliers, expédiant vers l'Atlantique le blé des Prairies; les silos géants qui bordent encore la rade témoignent de cette époque. La promenade du secteur riverain, avec ses quais, ses œuvres d'art public et ses panoramas sur le promontoire, permet de prendre la mesure du lieu dès la descente du navire.

Fort William, la capitale des voyageurs

L'excursion phare de l'escale reconstitue un monde disparu. Au bord de la rivière Kaministiquia, le parc historique du Fort William fait revivre le grand poste de traite de la Compagnie du Nord-Ouest tel qu'il bourdonnait au début du XIXe siècle, quand les canots de maître arrivaient de Montréal chargés de marchandises pour repartir gonflés de fourrures. Plus de quarante bâtiments reconstruits, des interprètes en costume, des ateliers d'artisans, une ferme et un campement anishinaabe composent un tableau vivant où se croisent voyageurs canadiens-français, commis écossais, Ojibwés et Métis. On y passe aisément une demi-journée sans voir le temps filer.

Cascades et points de vue

Les environs réservent d'autres décors de choix. À l'ouest, les chutes Kakabeka précipitent la rivière Kaministiquia du haut d'une falaise d'une quarantaine de mètres, dans une gorge que l'on surplombe par des passerelles; on les surnomme les Niagara du Nord. Sur la route longeant la rive, le monument à Terry Fox honore le jeune homme qui dut interrompre ici, en 1980, son Marathon de l'espoir; l'esplanade offre l'un des plus amples panoramas sur la rade et le dormeur de pierre. Les excursions d'escale combinent souvent ces arrêts avec le fort ou la découverte de la péninsule Sibley.

Le Géant de près

Les voyageurs en quête de nature brute mettront le cap sur le parc provincial du Géant endormi, qui protège 244 kilomètres carrés de forêts, de falaises et de sentiers sur la péninsule fermant la baie. Belvédères et chemins de randonnée y dévoilent le lac sous tous les angles; les plus sportifs viseront les crêtes, parmi les plus hauts escarpements de l'Ontario. Même sans randonnée, la route de la péninsule vaut le déplacement pour ses échappées sur l'eau et la forêt boréale.

À glisser dans votre journée

  • Une veste coupe-vent s'impose en toute saison : le lac fabrique son propre climat.
  • Le fort historique et les chutes se rejoignent en une trentaine de minutes de route; les excursions organisées restent la façon la plus simple d'y aller.
  • Les améthystes extraites des collines voisines font un souvenir régional typique; plusieurs boutiques en proposent.

Saveurs boréales

Au retour vers le quai, le marché et les cafés du centre proposent baies sauvages, poisson du lac et pâtisseries finlandaises, héritage des immigrants nordiques qui ont marqué la ville. La communauté finlandaise de Thunder Bay compte parmi les plus importantes du pays, et ses crêpes traditionnelles se dégustent encore dans quelques institutions locales.

Ce que garde la mémoire

Au départ, le navire repasse devant le profil de pierre allongé sur l'horizon. La légende ojibwée y voit un esprit pétrifié veillant sur la baie; les passagers y verront désormais le gardien d'une journée dense, entre fourrures, cascades et silos. Le Supérieur reprend ensuite ses allures de mer sans marées, et la côte sauvage défile, à peine égratignée par les siècles.