Entre Québec et Montréal, le Saint-Laurent réserve une halte que bien des croisiéristes ne voient pas venir. Le navire passe sous les haubans du pont Laviolette, seul lien routier entre les deux rives sur des centaines de kilomètres, puis s'amarre en plein centre-ville. Trois-Rivières, deuxième plus ancienne implantation permanente de la Nouvelle-France, fondée en 1634, accueille ses visiteurs à quelques minutes à pied de ses terrasses, de ses musées et de ses rues tricentenaires. Peu d'escales laurentiennes offrent pareille proximité.
Le Vieux-Trois-Rivières à pas lents
Depuis le quai, on gagne rapidement la rue des Ursulines, la plus ancienne de la ville, où le monastère du même nom veille depuis le Régime français avec son dôme argenté et son jardin clos. Les maisons anciennes qui ont survécu au grand incendie de 1908 se concentrent dans ce secteur; plaques et façades racontent les gouverneurs, les religieuses hospitalières et les marchands de fourrures. Un peu plus haut, le monument au Flambeau et la cathédrale de style néogothique complètent la promenade patrimoniale, ponctuée de parcs et de points de vue sur le fleuve.
Boréalis et la mémoire du papier
Sur la pointe où la rivière Saint-Maurice rejoint le Saint-Laurent, une ancienne usine de filtration abrite Boréalis, centre d'histoire de l'industrie papetière. Trois-Rivières fut au XXe siècle l'une des capitales mondiales du papier journal; l'exposition fait revivre les draveurs qui guidaient le bois flotté, les machines géantes et les familles ouvrières qui ont bâti la ville moderne. Les voûtes souterraines et la terrasse sur le toit, avec vue sur le confluent, ajoutent au caractère du lieu. La visite éclaire d'un jour concret tout le paysage industriel de la Mauricie.
Prison, culture populaire et rue des Forges
Au centre-ville, la Vieille prison, en service de 1822 à 1986, se visite en compagnie de guides qui racontent le quotidien carcéral sans fard; l'expérience, troublante et instructive, se combine avec le Musée POP voisin, consacré à la culture populaire québécoise et à ses collections pleines d'humour et de tendresse. La rue des Forges, artère principale, aligne cafés, microbrasseries et terrasses toujours animées à la belle saison : l'endroit parfait pour prendre le pouls trifluvien entre deux visites.
Le sanctuaire du Cap
Sur la rive est du Saint-Maurice, le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap constitue l'un des grands lieux de pèlerinage d'Amérique du Nord. Sa basilique octogonale aux vitraux flamboyants côtoie une chapelle de pierre du XVIIIe siècle et des jardins qui descendent vers le fleuve, propices à la flânerie méditative, quelle que soit la conviction du visiteur. Les excursions d'escale y conduisent en quelques minutes; les marcheurs aguerris peuvent aussi longer le fleuve.
Suggestions selon le temps disponible
| Durée | Programme suggéré |
|---|---|
| 2 heures | Vieux-Trois-Rivières et rue des Forges à pied |
| Demi-journée | Ajouter Boréalis ou le duo prison et Musée POP |
| Journée complète | Ajouter le sanctuaire du Cap et une pause en terrasse |
Excursions au-delà de la ville
Les séjours prolongés permettent de rayonner : le site historique des Forges du Saint-Maurice, berceau de la première industrie sidérurgique du Canada au XVIIIe siècle, se trouve à courte distance au nord, et l'île Saint-Quentin, au confluent, offre plage, sentiers et aires de pique-nique appréciés des familles. Les amateurs de plein air poursuivront volontiers vers la Mauricie et ses forêts piquées de lacs.
L'accent du fleuve
Ce qui distingue cette halte, au fond, tient moins aux monuments qu'à l'accueil. On vous parlera français avec l'accent chantant de la Mauricie, on vous indiquera la meilleure crème glacée du secteur, on vous demandera d'où vous venez. Trois-Rivières a l'habitude des visiteurs sans avoir jamais cédé au tourisme de masse. Quand le navire reprend le chenal, entre le pont et les clochers, il laisse derrière lui une ville à taille humaine qui porte quatre siècles d'histoire avec une simplicité désarmante.


