Vue de la rade, la ville tient exactement la promesse de son surnom : Alger la Blanche. Un amphithéâtre de façades claires monte des quais vers les crêtes, percé de dômes, de minarets et de palmiers, face à l'une des plus belles baies de la Méditerranée occidentale. Le terminal des paquebots touche pratiquement le centre : rare privilège, on descend de la passerelle déjà en ville.
La Casbah, coeur ancien et escarpé
À un quart d'heure de marche du quai commence la Casbah, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO : un lacis de ruelles en escaliers, de passages voûtés et de maisons ottomanes aux étages en surplomb, agrippé à la pente depuis cinq siècles. On y croise des palais aux cours de faïence, des fontaines, des ateliers de cuivre et de bois, et des habitants habitués à guider du geste les marcheurs égarés. Un accompagnateur local reste vivement conseillé : les itinéraires y sont affaire d'habitude, et les récits qu'il partage — corsaires, deys, guerre d'indépendance — donnent leur épaisseur aux murs. Au pied du quartier, la mosquée Ketchaoua, plusieurs fois transformée au fil de l'histoire, résume à elle seule les strates de la ville. En redescendant vers la mer, le Palais des Raïs, dernier ensemble de demeures ottomanes à toucher le rivage, aligne ses salles fraîches et ses terrasses au ras des vagues — un aperçu de ce qu'était la façade maritime d'autrefois.
Le front de mer et les arcades
Le long du port, les immeubles à arcades du XIXe siècle déroulent leurs balcons de fer forgé au-dessus des boulevards. La Grande Poste, cathédrale néo-mauresque du courrier bâtie en 1910, marque le centre névralgique; de là, la rue Didouche Mourad grimpe entre librairies, pâtisseries et cafés où l'on refait le monde autour d'un lait de poule ou d'un express serré. C'est l'Alger des conversations, à savourer sans programme précis, une corne de gazelle ou un makroud à la main — les pâtisseries de la ville comptent parmi les plus réputées du Maghreb.
Notre-Dame d'Afrique, le balcon sur la baie
Sur son promontoire au-dessus de la mer, la basilique Notre-Dame d'Afrique veille sur les quartiers nord depuis les années 1870. Sa silhouette byzantine, familière à tous les Algérois, se rejoint en taxi en une vingtaine de minutes. Le parvis récompense le détour : toute la baie s'étale en contrebas, du port aux collines, avec les cargos en rade pour figurants.
Jardins, musées et mémoire
Au pied du quartier du Hamma, le Jardin d'Essai aligne depuis le XIXe siècle ses allées de ficus géants, ses dragonniers et ses bassins : les familles s'y promènent le vendredi, les étudiants y révisent à l'ombre. Sur la crête d'en face, les trois palmes de béton du Mémorial du Martyr, visibles de presque partout, honorent les combattants de l'indépendance; le musée attenant en retrace le long chemin. Entre les deux, le musée du Bardo et ses collections préhistoriques occupent une villa mauresque qui vaut à elle seule la visite.
Un mot pratique : le français est largement compris et parlé, ce qui rend les échanges faciles pour les visiteurs québécois; les taxis se négocient avant de monter, et les excursions organisées simplifient une circulation parfois dense. Alger récompense largement ces petites logistiques.
Le soir venu, quand le navire s'éloigne et que la Blanche s'allume colline après colline, on mesure la surprise que réserve cette escale encore peu courue des itinéraires méditerranéens. Alger ne se donne pas en spectacle : elle se raconte, ruelle après ruelle, café après café. Ceux qui l'ont écoutée une journée savent qu'ils n'en ont entendu que le premier chapitre.


