Trois cent soixante-cinq îles, dit-on : une pour chaque jour de l'année. Vraie ou embellie, la formule donne la mesure d'Angra dos Reis, sur la Costa Verde brésilienne, à mi-chemin entre Rio de Janeiro et São Paulo : un plan d'eau semé d'îlots boisés, bordé par la forêt atlantique qui dévale des montagnes jusqu'aux plages. Les navires mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers en annexe au quai Santa Luzia, en plein centre; certains itinéraires préfèrent tendre directement vers Ilha Grande, la longue île qui ferme l'horizon.

Ilha Grande, l'île sans voitures

Ancienne terre de pirates, de léproserie et de pénitencier, l'île a été rendue à la nature et aux marcheurs : aucune voiture n'y circule. Les bateaux accostent à Vila do Abraão, un alignement de façades basses entre la plage et la montagne. De là, sentiers forestiers et embarcations de passeurs mènent, chacun à son rythme, vers des plages restées sauvages, dont Lopes Mendes, régulièrement citée parmi les plus belles du Brésil pour son sable clair et son eau limpide. Le village lui-même se prête à la flânerie, entre pousadas, églises modestes et tables de poisson grillé.

La baie en goélette

L'excursion classique reste la sortie en goélette, ces bateaux de bois à deux ponts que les Brésiliens appellent escunas. On navigue d'îlot en îlot, avec arrêts baignade dans des criques où l'eau prend des teintes de lagon : les îles Botinas, deux touffes de végétation posées sur l'eau claire, ou la Lagoa Azul, dont le nom dit tout. Masques et tubas circulent à bord, et les poissons colorés se laissent approcher sans façon. Certaines sorties poussent jusqu'aux plages de la côte sud, d'autres privilégient les criques proches pour laisser plus de temps dans l'eau; l'équipage du navire sait indiquer la formule qui convient au temps disponible. Le rythme est brésilien : musique douce, fruits frais coupés sur le pont, personne ne regarde sa montre avant l'heure du retour.

Le centre et ses collines

À terre, Angra dos Reis mérite une heure de promenade. La ville doit son nom, crique des Rois, au passage des navigateurs portugais un 6 janvier 1502, jour de l'Épiphanie. Le centre garde une église coloniale face à la place principale, des ruelles commerçantes animées et un marché où les étals de poisson côtoient les fruits de la forêt. Les collines résidentielles grimpent en amphithéâtre derrière le front de mer, et la végétation reprend ses droits dès que le regard s'élève : la forêt atlantique, l'une des plus riches du monde en espèces, encercle littéralement la ville. Colibris et toucans fréquentent ses lisières, et les sentiers du littoral réservent parfois le cri lointain des singes hurleurs. Ce voisinage explique l'autre surnom de la région, la Costa Verde : ici, le vert n'est pas une couleur parmi d'autres, c'est le fond permanent du décor.

Repères pour la journée

ÉlémentDétail
DébarquementEn annexe au quai Santa Luzia, au centre; parfois directement à la grande île
Ilha GrandeTraversée en bateau depuis Angra; île piétonne, plages et sentiers
Sorties en merGoélettes et vedettes vers les îlots, baignade et plongée en apnée
SaisonÉté austral chaud et humide; averses brèves fréquentes
MonnaieRéal brésilien; les cartes passent presque partout en ville

Le soir venu, quand l'annexe ramène les derniers passagers, la baie prend une lumière de fin de fête : les îles s'assombrissent une à une, les goélettes rentrent au mouillage. Beaucoup repartent d'Angra avec le même projet inavoué, celui de revenir un jour avec du temps, beaucoup de temps, et une île entière à explorer.