La flèche de la cathédrale apparaît la première, dressée à 123 mètres au-dessus des toits, bien avant que le navire n'achève sa remontée de l'Escaut. Anvers se mérite : les bateaux de mer comme les unités fluviales gagnent le centre par le fleuve, et l'accostage se fait en plein cœur historique, au pied de la forteresse du Steen. Peu de métropoles européennes offrent pareille entrée en matière : on descend la passerelle et, deux cents mètres plus loin, on foule déjà les pavés de la vieille ville.

Ce privilège change tout le rythme de l'escale. Aucune navette, aucun transfert : le quai Ernest Van Dijck et le Steenplein donnent directement sur les ruelles qui mènent à la Grand-Place. Le Steen, plus vieux bâtiment de la cité, monte la garde au bord de l'eau depuis le Moyen Âge, et la promenade aménagée le long du fleuve offre un premier point de vue sur le trafic maritime qui a fait la fortune de la métropole flamande.

La Grand-Place et la cathédrale

À cinq minutes de marche du quai, la Grand-Place déploie ses maisons de guildes aux pignons dorés autour de la fontaine de Brabo, héros légendaire qui aurait tranché la main d'un géant avant de la jeter dans l'Escaut. L'hôtel de ville Renaissance ferme l'ensemble, et les terrasses s'y disputent les premiers rayons de soleil. Juste derrière, la cathédrale Notre-Dame mérite qu'on lui consacre du temps : le vaisseau gothique, le plus vaste des anciens Pays-Bas, abrite plusieurs chefs-d'œuvre de Rubens, dont la Descente de croix. Le peintre a vécu et travaillé ici, et sa présence imprègne encore les églises et les musées de la cité.

Du Meir au quartier des diamants

En poursuivant vers l'est, le Meir aligne ses façades cossues transformées en artère commerçante, l'une des plus fréquentées de Belgique. Les amateurs de chocolat y trouveront de quoi remplir leurs bagages, entre pralines et gaufres tièdes. Au bout de l'avenue, la gare centrale vaut à elle seule le détour : coupole monumentale, marbres et ferronneries lui ont valu le surnom de cathédrale ferroviaire. Tout autour s'étend le quartier des diamantaires, où transite depuis des générations une part considérable du commerce mondial de la pierre précieuse. Les vitrines discrètes et les allées commerçantes racontent une autre facette de la richesse anversoise.

Le MAS et les anciens docks

Au nord du centre, à un quart d'heure de marche des quais, l'ancien quartier portuaire de l'Eilandje s'est réinventé autour du MAS, musée consacré à la cité et à son fleuve. Son architecture de grès rouge et de verre ondulé s'élève en spirale ; on peut monter gratuitement jusqu'au toit-terrasse, qui offre le plus beau panorama sur les bassins, les flèches et le ruban de l'Escaut. Les vieux docks accueillent voiliers et bateaux-musées, et les entrepôts réhabilités abritent cafés et galeries.

Saveurs flamandes

Avant de regagner le bord, il serait dommage de repartir sans s'attabler : un cornet de frites croustillantes, une bière brassée en ville ou un plat de moules selon la saison, pendant que les carillons ponctuent l'après-midi au-dessus des terrasses. Les Anversois cultivent un art de vivre où la table se prend au sérieux, et les estaminets du centre historique servent depuis des siècles marins, marchands et voyageurs de passage.

Le soir venu, quand le navire se détache du quai, la flèche illuminée glisse lentement derrière la poupe. Anvers laisse au passager cette impression rare d'avoir traversé cinq siècles en une journée, des ors de Rubens aux éclats des diamants, sans jamais s'éloigner de plus de vingt minutes de sa cabine. L'Escaut, fidèle, raccompagne chacun vers la mer.