Le golfe d'Aqaba s'étire comme un long couloir d'eau profonde entre deux murailles de désert. En remontant vers le nord, le navire glisse entre les reliefs du Sinaï d'un côté et ceux de l'Arabie de l'autre, jusqu'à ce qu'apparaisse la seule fenêtre maritime de la Jordanie : quelques kilomètres de côte, une ville claire adossée à la montagne et un immense drapeau qui flotte au-dessus des toits. Aqaba semble modeste au premier regard. C'est pourtant ici que débarquent les passagers en route vers l'un des sites archéologiques les plus célèbres du monde.

Petra, à deux heures de route

La cité nabatéenne se mérite. Près de 125 kilomètres séparent le quai de l'entrée du site, soit deux bonnes heures à travers les plateaux désertiques du sud jordanien. Sur place, le Siq, un étroit défilé qui serpente entre de hautes parois de grès, débouche sans prévenir sur la façade du Khazneh, sculptée à même la falaise il y a environ deux mille ans. Prévoyez de bonnes chaussures et beaucoup d'eau : la marche jusqu'au cœur du site représente plusieurs kilomètres aller-retour. Les excursions offertes par les compagnies de croisière demeurent la façon la plus sûre de rentrer à l'heure au navire.

Wadi Rum, l'autre géant du sud

À une heure de piste et d'asphalte, le désert du Wadi Rum aligne ses falaises rouges, ses arches de pierre et ses vallées de sable où Lawrence d'Arabie a réellement circulé pendant la révolte arabe. On le parcourt en camionnette conduite par des Bédouins de la région, avec un arrêt pour un thé sucré à l'ombre d'une tente. Certains itinéraires combinent Petra et Wadi Rum dans la même journée; la formule est exigeante, mais elle condense en quelques heures deux visages spectaculaires de la Jordanie.

Aqaba même, entre fort et corniche

Rester près du port n'a rien d'une punition. Le fort mamelouk, reconstruit au début du XVIe siècle, monte la garde près du grand mât, et le musée archéologique voisin occupe l'ancienne résidence du chérif Hussein ben Ali. On y voit les objets exhumés à Ayla, première ville islamique fondée hors de la péninsule arabique au VIIe siècle : ses vestiges, tracés de rues et portes de pierre, se longent librement en plein centre, entre les hôtels et la marina. La corniche invite ensuite à marcher le long de la mer Rouge, un cornet de crème glacée à la main, face aux montagnes égyptiennes qui ferment l'horizon.

La mer Rouge en toile de fond

Les récifs coralliens qui bordent la côte sud comptent parmi les mieux préservés de la région. Un masque et un tuba suffisent pour observer poissons-papillons et coraux durs à quelques mètres du rivage, dans une eau dont la clarté surprend même les habitués des Caraïbes. Les plages publiques du centre offrent quant à elles un aperçu de la vie locale, surtout le vendredi, jour de congé familial en Jordanie.

RepèreDistance depuis le quaiÀ savoir
Centre-ville et corniche2 à 3 kmNavette ou taxi, quelques minutes
Fort mamelouk et muséeEnviron 3 kmSous le grand drapeau
Wadi RumUne soixantaine de kmUne heure de trajet
Petra125 kmDeux heures de trajet

Au retour, le golfe s'assombrit lentement et les montagnes tournent au mauve. Ceux qui reviennent de Petra rapportent du sable dans leurs chaussures et des images qu'aucune photographie ne rend tout à fait. Les autres ont pris le pouls d'une ville portuaire tranquille, à l'exact carrefour de quatre pays. Dans les deux cas, la Jordanie laisse l'impression d'un territoire dont on n'a soulevé qu'un coin du voile.