Un pont d'acier de plus de six kilomètres enjambe l'embouchure du Columbia, si long qu'il disparaît dans la brume avant d'atteindre l'autre rive. C'est la première image d'Astoria, et elle donne l'échelle : ici, le fleuve qui a ouvert l'Ouest américain rencontre le Pacifique dans un bras de mer réputé chez les marins pour ses barres de sable redoutables. Sur la rive sud, des maisons victoriennes s'accrochent à la colline, et les otaries occupent bruyamment les pontons de la marina, par centaines certains mois, au grand dam des plaisanciers.
La plus ancienne ville de l'Ouest
Fondée en 1811 comme comptoir de traite des fourrures pour le compte de John Jacob Astor, Astoria revendique le titre de plus ancien établissement américain à l'ouest des Rocheuses. Son passé de port de pêche et de conserveries de saumon a laissé un front de mer de pilotis et d'entrepôts, aujourd'hui reconvertis en cafés, ateliers et microbrasseries. La ville a du caractère : un mélange d'ouvriers du port, d'artistes et de cinéphiles, car plusieurs films cultes des années 1980 ont été tournés dans ses rues pentues. Sur la colline, la demeure victorienne du capitaine Flavel, coiffée d'une tourelle d'où l'armateur surveillait ses navires, se visite comme un musée d'époque.
Le tramway du bord de l'eau
Pour prendre ses repères, rien ne vaut le Riverfront Trolley : ce tramway de 1913, restauré par des bénévoles qui assurent eux-mêmes les commentaires, longe la rive sur environ cinq kilomètres et dessert musées, restaurants et boutiques. On monte et descend à sa guise pour quelques dollars. Le sentier riverain suit le même parcours pour ceux qui préfèrent marcher, avec les piliers des anciennes conserveries en photo d'époque grandeur nature. Ces usines à saumon employaient jadis des milliers de saisonniers venus de Scandinavie et de Chine; leurs descendants animent encore festivals et cafés.
Le musée qui raconte le fleuve
Le Columbia River Maritime Museum s'impose comme la grande halte culturelle de l'escale. Ses salles racontent cette embouchure, l'une des passes les plus dangereuses au monde, où des centaines de navires se sont perdus; simulateurs, canots de sauvetage et récits de pilotes rendent le sujet vivant, et le bateau-phare Columbia, amarré devant le musée, se visite en prime. On en ressort en regardant le fleuve autrement.
La colonne au sommet de la colline
Sur les hauteurs, l'Astoria Column, élevée en 1926, déroule autour de son fût une fresque en spirale qui retrace l'histoire de la région. Un escalier intérieur de 164 marches mène à la plateforme : la récompense embrasse l'estuaire, l'océan, les forêts et la chaîne côtière. Par tradition, on lance depuis le sommet un petit planeur de balsa vendu à la boutique. Un taxi ou une navette d'excursion évite la montée à pied, exigeante depuis le centre.
| Repère | Accès |
|---|---|
| Centre-ville et front de mer | À pied ou par navette selon le poste à quai |
| Musée maritime | Sur le parcours du tramway |
| Astoria Column | Sur la colline, taxi conseillé |
| Pont Astoria-Megler | Visible de partout, plus de 6 km |
Vers la fin du jour, les cornes de brume répondent aux aboiements des otaries et les lumières du pont s'allument une à une au-dessus de l'eau. La ville n'a ni la taille ni les prétentions des grandes escales du Pacifique; elle a mieux : une histoire dense, un fleuve légendaire et une façon bien à elle de mêler brume, saumon et bois peint. On repart avec l'envie de lire les récits des pionniers qui ont fini leur voyage exactement ici.


