Des centaines de pitons calcaires surgissent de l'eau verte, coiffés de végétation, et le navire se faufile entre eux comme dans un décor que personne n'aurait osé dessiner. La baie d'Ha Long, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, compte parmi les paysages les plus reconnaissables d'Asie. La légende locale raconte qu'un dragon descendu des montagnes aurait creusé ces îlots d'un coup de queue avant de plonger dans le golfe du Tonkin. Depuis le pont, au petit matin, quand la brume s'accroche encore aux sommets, on comprend pourquoi les Vietnamiens y ont vu l'œuvre d'une créature plutôt que celle du temps.

Bai Chay, la porte d'entrée

Selon la taille du navire, l'accostage se fait au port international d'Ha Long, aménagé dans le quartier de Bai Chay, ou par transbordement vers le quai touristique voisin. Dans les deux cas, on débarque au cœur du secteur le plus animé de la ville. Le front de mer aligne hôtels, restaurants de fruits de mer et promenades ombragées, avec les silhouettes des îlots en toile de fond permanente. Les formalités sont simples, les distances courtes : c'est une escale qui laisse le maximum de temps au paysage. Le soir venu, la promenade du bord de mer s'anime de familles, de vendeurs ambulants et de jeunes mariés venus se faire photographier devant les îlots, pendant que les ponts s'illuminent au-dessus de la passe.

Naviguer entre les îlots

L'excursion en bateau demeure la raison d'être de la journée. Jonques et vedettes quittent les quais pour deux à quatre heures de navigation entre les formations calcaires, dont plusieurs portent des noms imagés, comme l'îlot du Coq combattant ou celui de l'Encensoir, reproduit sur les billets de banque du pays. Certains circuits accostent à la grotte de Thien Cung, dont les salles hérissées de stalactites s'éclairent de teintes changeantes, ou à celle de Sung Sot, plus vaste encore, d'où un belvédère domine les mouillages. D'autres prévoient une pause en kayak dans une crique fermée, où le seul bruit reste celui de la pagaie contre l'eau calme. On croise aussi des villages flottants où des familles de pêcheurs vivent sur l'eau depuis des générations, entre maisons sur radeaux, filets et chiens de garde installés à la proue. D'octobre à avril, la saison sèche offre les ciels les plus dégagés; l'été, plus chaud et orageux, drape parfois le décor d'une brume qui a aussi son mystère.

Prendre de la hauteur

Pour saisir l'ampleur du site sans embarquer, un téléphérique à cabines à deux étages relie Bai Chay à la colline de Ba Deo, de l'autre côté de la passe de Cua Luc. La traversée offre une vue plongeante sur les toits, les ponts et le semis de rochers qui s'étire jusqu'à l'horizon. Au sommet, une grande roue et des jardins prolongent la sortie en famille, avec le coucher de soleil en prime pour les escales tardives.

Le goût du golfe

La cuisine d'ici sort tout droit de l'eau. Les restaurants du secteur servent crevettes tigrées, seiches grillées et cha muc, une galette de calmar haché typique de la région, souvent accompagnée de riz gluant. Les marchés locaux permettent d'observer le va-et-vient des étals de poissons en fin de matinée, quand les barques rentrent au quai, et les vendeuses de fruits proposent litchis, ramboutans et mangues selon la saison.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
AccostagePort international de Bai Chay ou transbordement selon le navire
Autour du quaiFront de mer, restaurants et téléphérique à distance de marche
À prévoirSortie en bateau : de deux à quatre heures selon le circuit

Au retour, quand le navire reprend le large, les pitons défilent une dernière fois dans la lumière du soir, et chacun cherche du regard celui qu'il préfère. Ha Long ne se visite pas vraiment : elle se traverse, lentement, et elle continue de flotter longtemps dans la mémoire de ceux qui l'ont vue émerger de la brume.