La baie des Îles s'annonce bien avant le mouillage : des collines vert tendre, des voiliers à l'ancre et une lumière qui fait scintiller chaque crique. Les navires avancent lentement entre les caps boisés, et les ponts se remplissent tôt, car le décor du nord de la Nouvelle-Zélande se déguste dès l'approche. C'est ici que la nation elle-même est née, et l'escale marie comme nulle part ailleurs la douceur du paysage et le poids de l'histoire.
Un débarquement en douceur
Les navires jettent l'ancre dans la rade et les transbordeurs déposent la plupart des passagers au quai de Waitangi ; certaines compagnies proposent aussi une liaison directe vers Russell. La navette maritime demande une quinzaine de minutes et offre déjà un beau point de vue sur les mouillages. Dès le débarcadère, des kiosques d'information et d'excursions permettent d'organiser sa journée sur place, sans réservation préalable ; les activités les plus courues partent toutefois tôt, mieux vaut ne pas traîner. Prévoir une veste légère : le temps néo-zélandais change vite, et une averse passagère n'empêche jamais le soleil de revenir dans l'heure.
Waitangi, là où tout a commencé
À une dizaine de minutes de marche du quai s'étend le domaine du traité de Waitangi, l'un des lieux les plus chargés de sens du pays. C'est ici qu'en 1840 chefs maoris et représentants de la Couronne britannique ont signé le texte fondateur de la Nouvelle-Zélande moderne. On y observe la maison du traité, une immense pirogue de guerre cérémonielle et une maison de réunion sculptée dont chaque poteau raconte un ancêtre. Les guides maoris partagent leur lecture des lieux avec une générosité qui marque les visiteurs ; prévoir au moins deux heures pour saisir la portée du site, davantage si un spectacle culturel figure au programme.
Paihia et les chutes Haruru
Des navettes relient le quai à Paihia, la petite station balnéaire voisine, à environ deux kilomètres. Boutiques, cafés et plages s'y succèdent le long du rivage, entre les pohutukawas qui fleurissent rouge en décembre, et les terrasses face aux îles invitent à un poisson grillé ou à un cornet de crème glacée au rythme local, c'est-à-dire sans se presser. Les marcheurs pousseront jusqu'aux chutes Haruru, à quelque six kilomètres, où l'eau tombe en fer à cheval dans un bassin bordé de fougères — une forme rare qui vaut l'effort.
Russell, l'ancien repaire des baleiniers
Depuis Paihia, un traversier franchit la rade en une quinzaine de minutes vers Russell. Difficile d'imaginer que ce village aux villas coloniales fleuries fut au XIXe siècle un port baleinier à la réputation sulfureuse. On y flâne aujourd'hui entre le bord de l'eau, les galeries et la mission Pompallier, une maison de terre crue où des missionnaires catholiques français imprimaient des ouvrages en langue maorie. La promenade se termine bien autour d'un café, à une table tournée vers les voiliers.
Prendre le large
La baie compte des dizaines d'îles et d'îlots, et plusieurs excursions en bateau partent directement des quais. La plus courue file jusqu'au cap Brett et à son célèbre rocher percé, que les vedettes traversent quand la houle le permet. Dauphins et oiseaux marins accompagnent souvent la sortie, et les capitaines prennent le temps de couper les moteurs quand une rencontre se présente. Ceux qui préfèrent la terre ferme trouveront des sentiers côtiers avec vues plongeantes sur les mouillages et les plages désertes.
Au retour, depuis le pont du transbordeur, la baie déploie une dernière fois ses collines et ses voiles blanches. On comprend alors pourquoi les Maoris, puis les baleiniers, puis les plaisanciers du monde entier ont choisi cet abri : certaines rades ne se contentent pas d'accueillir les navires, elles les retiennent.


