Bastia sent l'Italie sans jamais cesser d'être corse. Quatre siècles d'administration génoise ont laissé à la cité leurs façades ocre et jaune paille, leurs oratoires baroques et un vieux port en fer à cheval où le linge sèche encore aux fenêtres. Pour beaucoup de croisiéristes, c'est la première rencontre avec l'île — et elle commence sans transition, le terminal donnant presque sur les cafés.
Accoster en pleine ville
Les navires s'amarrent aux quais de commerce, à dix ou quinze minutes de marche de la place Saint-Nicolas. Ni navette ni taxi ne sont nécessaires : on sort du terminal, on longe les palmiers et l'on se retrouve sur l'une des plus vastes places de France, ouverte sur la mer, où trône une statue de Napoléon drapé en empereur romain. Les kiosques et les terrasses qui la bordent donnent le ton d'une escale sans course contre la montre.
Terra Vecchia, la ville basse
Derrière la place commence Terra Vecchia, le quartier le plus ancien, lacis de ruelles hautes et sombres reliées par des passages voûtés. L'église Saint-Jean-Baptiste y dresse ses deux clochers au-dessus des toits — silhouette la plus photographiée des environs —, tandis que le marché de la place de l'Hôtel-de-Ville propose, selon les matins, charcuterie, fromages de brebis et canistrelli. Quelques mètres plus bas, le vieux port aligne barques de pêche et brasseries au ras de l'eau.
Monter à Terra Nova
Depuis les quais des pêcheurs, l'escalier du jardin Romieu grimpe en lacets ombragés vers Terra Nova, la citadelle bâtie par les gouverneurs génois à partir du XVe siècle. Leur palais abrite aujourd'hui le musée de Bastia, consacré à l'histoire de la cité; les remparts, eux, offrent une vue étendue sur les toits, la mer Tyrrhénienne et, par temps clair, les îles de l'archipel toscan. Les ruelles de la citadelle, calmes et fleuries, se prêtent à une déambulation sans plan précis.
L'Aldilonda, promenade au ras des flots
Sous les murailles, un chemin récent contourne la citadelle côté large : l'Aldilonda — « au-dessus de la mer » dans la langue de l'île — accroche sa passerelle à la falaise, entre roche et embruns — prévoyez des lunettes de soleil, la réverbération y est constante. Le parcours, court et accessible, prolonge la balade jusqu'aux plages du sud. Beaucoup de passagers le manquent faute de le connaître; il compte pourtant parmi les plus beaux aménagements littoraux récents de Méditerranée.
Erbalunga et le cap Corse
Avec quelques heures devant soi, un taxi ou l'autobus mène en vingt minutes à Erbalunga, hameau de pêcheurs serré autour d'une tour génoise ruinée, à la lisière du cap Corse. Les amateurs de vin préféreront la route de Patrimonio, à une vingtaine de kilomètres, où les domaines font goûter muscats et rouges de niellucciu face aux vignes. Dans les deux cas, le retour vers le navire se fait sans stress : les distances restent courtes.
Points de repère
| Élément | Détail |
|---|---|
| Accostage | Quais de commerce, centre à 10-15 minutes de marche |
| Vieux port | 15 minutes à pied du terminal |
| Citadelle et musée | 20 minutes à pied, montée par le jardin Romieu |
| Erbalunga | Environ 10 km au nord, autobus ou taxi |
| Patrimonio | Environ 20 km, excursion ou taxi |
L'île commence ici
Bastia n'est pas une ville-musée : elle travaille, discute fort et vit face à la mer comme elle l'a toujours fait. C'est justement ce qui rend l'escale précieuse. En regagnant le navire, on emporte l'écho des clochers baroques et une certitude : la Corse ne se visite pas en une journée, mais une journée suffit pour comprendre qu'il faudra revenir.


