Peu de voyageurs savent placer l'île de Buton sur une carte. C'est pourtant là, au sud-est des Célèbes indonésiennes, que s'étend l'une des plus vastes enceintes fortifiées de la planète. Baubau, principale ville de l'île, garde depuis quatre siècles la mémoire d'un sultanat maritime qui veillait sur la route des épices. Depuis le pont, l'arrivée donne le ton : des collines couvertes de cocotiers, des toits de tôle qui descendent vers une rade animée, et cette impression d'aborder un monde resté à l'écart des grands courants. Les navires d'expédition qui s'y arrêtent ouvrent à leurs passagers une Indonésie que les itinéraires classiques ignorent encore.
Du quai de Murhum au bord de mer
Les navires accostent au port de Murhum, à quelque deux kilomètres du centre. On franchit la distance en quelques minutes de taxi ou en une marche tranquille le long de l'eau, entre les bateaux de pêche aux coques peintes et les entrepôts d'où s'échappent des odeurs de poisson séché et de clou de girofle. L'animation grandit à mesure que l'on approche du marché Wameo, où les étals débordent des prises du matin, d'épices et de fruits qui n'ont pas toujours de nom français. Les vendeuses interpellent en riant, on goûte, on photographie, et les premières minutes de l'escale donnent déjà sa couleur à la journée.
La citadelle du sultanat de Buton
Sur les hauteurs, la citadelle du Keraton veille sur la baie. Élevée au XVIe siècle en pierre de corail et de calcaire, elle déroule près de trois kilomètres de murailles autour d'un plateau d'à peu près 23 hectares, ce qui lui vaut d'être reconnue par le livre Guinness des records comme la plus étendue au monde. Le sultanat de Buton a régné derrière ces murs durant plus de quatre cents ans, contrôlant le détroit et ses navigateurs. On n'y visite pas un site figé : des familles habitent toujours entre les bastions, le linge sèche près des canons anciens et les enfants jouent à l'ombre des manguiers. La vieille mosquée du Keraton, toujours en service, demeure le témoin le plus émouvant de cette continuité.
Un accueil qui ne s'oublie pas
La visite prend une autre dimension quand les habitants s'en mêlent. Selon les escales, des danses de bienvenue saluent les passagers dès la passerelle, des tisserandes déploient leurs étoffes aux motifs géométriques et l'on entend résonner le cia-cia, une langue parlée presque uniquement dans cette région. Ces rencontres, simples et sans mise en scène, comptent souvent parmi les moments les plus forts de la journée ; beaucoup de visiteurs repartent avec un tissu plié sous le bras et une invitation à revenir.
Regards sur la baie
Depuis les remparts, le panorama embrasse les toits, les minarets et les eaux turquoise du détroit, sillonnées de cargos et de pirogues. C'est le moment de reprendre son souffle avant de redescendre flâner vers le rivage, où les cafés servent un café local corsé accompagné de beignets de banane. Les photographes guetteront la lumière de fin de journée sur les murailles de corail, qui prennent alors une teinte dorée. Les excursions proposées ajoutent parfois une sortie en mer vers des îlots de sable blanc et des jardins de corail voisins, à confirmer selon la saison et la houle. Un conseil pratique : la chaleur équatoriale ne faiblit guère, et une bouteille d'eau, un chapeau et quelques petites coupures en monnaie locale rendent la promenade beaucoup plus agréable.
En regagnant la passerelle, on mesure ce que cette halte a d'inattendu : une forteresse plus vaste que bien des villes fortifiées d'Europe, un sultanat dont l'histoire reste à raconter et des visages qui saluent longtemps le navire au départ. Buton ne figure pas encore dans les conversations des croisiéristes. Ceux qui y ont posé le pied savent déjà qu'ils en parleront.


