Des blocs de granit gros comme des maisons, posés en équilibre sur du sable blanc : voilà la signature de Belitung, île discrète ancrée entre Sumatra et Bornéo. Les navires jettent l'ancre devant Tanjung Pandan, la principale localité, et les annexes déposent les passagers à quai après une courte navigation. Dès le transbordement, la mer annonce ses couleurs, un dégradé de turquoise et de vert que les rochers sombres soulignent comme un trait de pinceau.
Tanjung Kelayang, porte des merveilles
À une trentaine de minutes de route au nord, la plage de Kelayang sert de camp de base à la journée. Le sable y est fin, l'eau limpide, et les fameux blocs granitiques composent au large des silhouettes que l'imagination s'amuse à baptiser : l'une d'elles évoque une tête d'oiseau veillant sur la baie, celle-là même qui donne son nom au lieu. Les bateaux de pêcheurs aux couleurs vives attendent le long du rivage pour la sortie la plus courue de l'île, la tournée des îlots. Les cocotiers penchés, les paillotes discrètes et l'absence de tout immeuble donnent au rivage un air resté fidèle aux photographies d'il y a trente ans. Sous le soleil de midi, la pierre prend des reflets rosés qui tranchent sur le vert dense des palmes.
D'îlot en îlot
La navigation se fait au ras de l'eau, entre récifs et chaos rocheux. Trois escales reviennent dans presque tous les circuits :
- Lengkuas, dominée par un phare hollandais du XIXe siècle toujours en service, dont la silhouette rayée veille sur des fonds poissonneux parfaits pour l'apnée;
- Batu Berlayar, amas de granit qui semble voguer toutes voiles dehors à marée haute;
- Pasir, simple banc de sable qui n'existe qu'à marée basse, le temps d'une photo les pieds dans l'eau.
Entre deux arrêts, le masque révèle coraux, poissons-clowns et parfois une tortue de passage; les capitaines connaissent les meilleurs mouillages et adaptent l'itinéraire à la houle du jour. Prévoyez des sandales pour marcher sur les rochers, un sac étanche pour l'appareil photo et un peu de liquide pour les rafraîchissements vendus à bord.
Tanjung Tinggi, le décor de cinéma
Un peu plus à l'est, la plage de Tinggi enchâsse ses criques entre des amoncellements de granit spectaculaires, certains hauts de plusieurs étages. Le cinéma indonésien l'a rendue célèbre dans tout l'archipel depuis le tournage du film Laskar Pelangi, adapté d'un roman à succès né sur l'île, et les familles s'y photographient entre les blocs comme d'autres devant un monument. On y nage dans une eau calme, presque tiède, avant de s'attabler devant un poisson grillé dans l'une des paillotes qui bordent le sable.
Tanjung Pandan, l'étain et les comptoirs
De retour vers le quai, la petite capitale mérite une flânerie. Belitung a longtemps vécu de ses mines d'étain, et les rues du centre gardent des maisons de commerce à l'ancienne, un marché animé et des gargotes où le café se boit fort et sucré. Le musée local raconte cette époque minière, tandis que le front de mer s'anime en fin de journée, quand les habitants viennent regarder les bateaux rentrer. L'île se visite encore sans foule, et cette tranquillité fait partie de son attrait.
Les rochers dans le rétroviseur
En regagnant le bord, les silhouettes minérales défilent derrière l'écume de l'annexe, comme un adieu discret. Belitung ne cultive ni démesure ni artifice : quelques plages dessinées avec un soin étonnant, des îlots à portée de bateau, un phare qui compte les années. C'est une escale qui se raconte simplement, et qui donne envie de garder le secret encore un peu. Le temps d'une journée, on aura vu l'essentiel; il en reste juste assez pour justifier un retour.


