Un chenal balisé serpente entre les hauts-fonds, puis le terminal de Bandar Bentan Telani apparaît, posé au bord d'une anse tranquille de la côte nord-ouest de Bintan. L'île appartient à l'archipel indonésien de Riau, juste en face de Singapour, et cette proximité a façonné sa vocation : la pointe nord s'est transformée en vaste domaine de villégiature, où plages, jardins et terrains de golf se succèdent le long d'une mer paisible. L'escale s'annonce détendue; autant l'accepter d'emblée, dès la première bouffée d'air tiède sur la passerelle.
Une journée les pieds dans le sable
Depuis le débarcadère, des navettes desservent les stations balnéaires voisines, où les passagers peuvent réserver un accès d'une journée. Le sable clair descend en pente douce vers une eau qui reste chaude en toute saison, ombragée çà et là par les casuarinas. Kayak, planche à pagaie, paresse assumée sous un parasol : chacun compose son programme, pendant que les vendeurs de noix de coco passent de serviette en serviette sans jamais insister. Les amateurs de golf, eux, trouvent plusieurs parcours dessinés face à la mer, un luxe rare à si courte distance d'un quai d'escale.
La lagune de Treasure Bay
Curiosité locale, l'immense lagune artificielle de Treasure Bay figure parmi les plus grandes piscines d'eau salée d'Asie du Sud-Est. On y pagaie, on y pédale sur des engins flottants, on s'y laisse tirer en bouée, le tout dans un bassin d'un bleu presque irréel. L'endroit plaît beaucoup aux familles, qui y passent des heures sans voir le temps filer entre deux limonades glacées.
Au fil des mangroves
Le contrepoint nature de la journée se joue sur la rivière Sebung. Embarqué pour environ 90 minutes, on glisse entre les racines échasses des palétuviers, à l'affût des varans, des serpents arboricoles enroulés sur les branches et des martins-pêcheurs qui filent au ras de l'eau. Le guide coupe parfois le moteur : la forêt inondée se met alors à bruisser de mille présences invisibles. Cette croisière écologique, douce et bien menée, offre un vrai regard sur l'écosystème qui protège les côtes de l'île. Les stations organisent les départs à intervalles réguliers, ce qui laisse amplement le temps d'une baignade au retour.
Saveurs de Riau
Impossible de repartir sans goûter la cuisine locale. Les stations et les petits restaurants du secteur servent poissons grillés au sambal, nouilles sautées et fruits de mer du matin, souvent face à la plage. Au large, les kelongs, ces plateformes de pêche montées sur pilotis, rappellent d'où viennent les crevettes du souper. Le durian intrigue les plus audacieux en saison, tandis que les jus de fruits frais, mangue, papaye, calamansi, accompagnent tous les repas. Un massage traditionnel en fin d'après-midi complète l'escale pour beaucoup de passagers, à des tarifs qui font sourire les habitués des spas nord-américains.
Composer son escale
Trois formules se partagent les heures à quai : la plage et sa lagune pour la détente, la mangrove pour la nature, le golf pour les passionnés. Les distances restent courtes autour du terminal, les navettes sont bien organisées et l'anglais passe partout. Il serait dommage toutefois de tout planifier à la minute : Bintan se vit à un rythme que dicte la chaleur, lentement et sans montre. Prévoyez chapeau, crème solaire et maillot déjà enfilé sous les vêtements, pour ne rien perdre du temps de plage.
Le chenal du retour
À l'heure du départ, les palétuviers referment leur rideau vert sur l'anse et Singapour scintille déjà quelque part au nord. Bintan laisse le souvenir d'une parenthèse : des heures où la seule décision compliquée aura été de choisir entre la mer et la lagune. Certaines escales se mesurent en monuments; celle-ci se mesure en détente accumulée.


