Peu de villes se donnent au voyageur fluvial avec une telle générosité. À Budapest, le Danube traverse le décor en plein centre, et les navires s'amarrent aux quais mêmes de la capitale hongroise, très souvent côté Pest, entre le pont des Chaînes et le pont Élisabeth. On descend la passerelle et l'on se trouve déjà au cœur du sujet : d'un côté les collines de Buda couronnées de monuments, de l'autre les façades alignées de Pest, et entre les deux ce fleuve large qui a fait la capitale.
Le Parlement, cathédrale de pierre au fil de l'eau
Le monument le plus photographié du pays se dresse au bord même du Danube : le Parlement hongrois, immense vaisseau néogothique hérissé de flèches, coiffé d'un dôme qui rythme tout le panorama fluvial. On l'admire d'abord depuis le navire, à l'arrivée ou au départ, puis depuis la rive opposée, où sa silhouette se reflète dans le courant. Le soir, son illumination transforme le passage des navires en moment suspendu, et les ponts s'allument à leur tour, un à un. Les photographes se postent tôt sur les ponts supérieurs; les autres se contentent de regarder, ce qui reste la meilleure technique.
Buda, la colline aux trois visages
En franchissant le pont des Chaînes, gardé par ses lions de pierre, on grimpe vers le quartier du château de Buda. L'ancienne résidence royale y voisine avec l'église Matthias, au toit de tuiles vernissées, et avec le bastion des Pêcheurs, dont les tourelles blanches ouvrent des échappées sur toute la rive gauche. C'est le belvédère préféré des passagers, et pour cause : le fleuve, le Parlement et les toits de la ville composent depuis ses arcades un tableau qu'on ne se lasse pas de recadrer. Plus au sud, la colline Gellért veille sur les ponts de sa masse boisée.
Les ruelles pavées du quartier du château méritent d'ailleurs qu'on s'y attarde bien au-delà des monuments : portes cochères, cours intérieures silencieuses et petites galeries d'art y prolongent la promenade, à l'écart du flot des visiteurs pressés.
Pest, l'énergie des avenues
Redescendu sur la rive gauche, on marche de la place Vörösmarty aux rues commerçantes qui rayonnent autour de la rue Váci, à une dizaine de minutes des quais d'amarrage. Cafés historiques, librairies, pâtisseries où le gâteau Dobos trône en vitrine : Pest vit vite et dehors. Les amateurs de détente iront tremper dans l'un des bains thermaux qui ont fait la réputation de cette ville d'eaux, institution locale où l'on soigne aussi bien les courbatures que la conversation.
Les gourmands, eux, réserveront une place pour la cuisine hongroise, goulasch et paprika en tête, servie aussi bien dans les restaurants à nappes blanches que dans les halles animées où les habitants font leur marché.
Trois façons d'habiter l'escale
- Classique : château de Buda, église Matthias et bastion des Pêcheurs le matin, puis flânerie côté commerces l'après-midi.
- Paisible : l'île Marguerite, posée au milieu du fleuve, déroule parcs et allées à l'écart de la circulation.
- Contemplative : rester à quai au crépuscule et regarder les monuments s'illuminer depuis les coursives extérieures, spectacle gratuit et fameux.
La ville qui rend les fleuves jaloux
Bien des capitales tournent le dos à leur rivière; celle-ci a fait de la sienne une scène principale. Chaque pont y est un balcon, chaque quai une loge. Au moment où le navire largue les amarres et glisse sous les arches illuminées, les passagers se pressent sur les ponts extérieurs, et le silence se fait de lui-même. On s'éloigne comme on sort d'un théâtre, un peu étourdi, certain d'avoir assisté à l'une des plus belles représentations du Danube.


