Le Río de la Plata est si large qu'on le prendrait pour une mer : l'autre rive se devine à peine, et c'est dans cette eau couleur de thé au lait que Buenos Aires trempe ses quais. Les navires accostent au terminal Quinquela Martín, à environ deux kilomètres du centre; le secteur portuaire ne se prête pas à la marche, mais navettes et taxis mènent en quelques minutes vers la place San Martín et le cœur de la capitale argentine. Là commence une journée dense, à la mesure d'une capitale qui ne fait rien à moitié.
La place de Mai, cœur politique et mémoire vive
Toute visite passe par la Plaza de Mayo, esplanade fondatrice où se concentre l'histoire argentine. La Casa Rosada, palais présidentiel aux façades roses, ferme la perspective; la cathédrale et l'ancien cabildo colonial complètent le décor. Les manifestations, les liesses et les deuils du pays se sont donné rendez-vous ici depuis deux siècles, et l'esplanade garde cette gravité particulière des lieux où l'histoire ne s'est jamais arrêtée.
De là, l'avenue de Mai file vers le palais du Congrès entre des immeubles d'inspiration européenne, parcours idéal pour prendre le pouls monumental du centre.
San Telmo, pavés, tango et antiquaires
En descendant vers le sud, San Telmo aligne ses rues pavées et ses maisons anciennes devenues cafés, ateliers et boutiques d'antiquités. La place Dorrego, l'une des plus vieilles de la ville, accueille le dimanche un marché d'antiquaires couru, et des couples de tango dansent sur les pavés pour les passants. Même en semaine, le quartier respire cette élégance un peu patinée qui fait le mystère de Buenos Aires : on pousse une porte, et un patio du dix-neuvième siècle apparaît.
Les cafés historiques du centre, boiseries sombres et serveurs en veste blanche, prolongent cette élégance : on y entre pour un cortado, on y reste pour l'atmosphère, entre habitués qui refont le monde et pianistes de fin d'après-midi.
La Boca, la couleur à l'état pur
Un peu plus loin, le quartier populaire de La Boca fut le débarcadère des immigrants italiens, qui peignirent leurs maisons de tôle avec les restes de peinture des navires. Le résultat éclate le long du Caminito : façades bleues, jaunes, rouges, artistes de rue et musique à chaque coin. Les amateurs de soccer y saluent au passage le stade mythique du quartier. L'endroit est touristique, assurément, mais il raconte sans détour d'où viennent ces quartiers d'immigrants.
Recoleta, le Paris austral
Changement complet d'atmosphère au nord : Recoleta déploie ses immeubles haussmanniens, ses ambassades et ses cafés cossus qui valent à Buenos Aires son surnom de Paris de l'Amérique du Sud. Son cimetière, ville miniature de mausolées de marbre, compte parmi les visites les plus singulières du continent; on y cherche la sépulture d'Eva Perón entre deux allées silencieuses. Le musée national des Beaux-Arts, tout proche, achève de donner à ce quartier son parfum européen.
Conseils pour l'escale
- Depuis le terminal, privilégier navette ou taxi : le centre est proche mais la zone portuaire reste peu praticable à pied.
- L'obélisque de l'avenue 9 de Julio, artère aux dimensions hors normes, sert de repère central commode.
- Garder une soirée pour un spectacle de tango si le navire passe la nuit à quai.
Une ville qui donne rendez-vous
Buenos Aires ne se referme pas derrière le visiteur : elle l'accompagne au port, avec ses musiques, ses façades colorées et son goût du drame. En s'éloignant sur l'estuaire immense, on comprend qu'une escale n'aura permis que d'entrouvrir la porte. Tant mieux. Les cités de ce tempérament ne se visitent pas, elles s'entament, et chacun rapporte à bord le chapitre qu'il aura eu le temps de lire.


