Des parois de calcaire noir jaillissent d'une mer translucide, coiffées d'une végétation dense qui s'accroche à la moindre fissure. L'arrivée dans la baie de Coron, entre l'île de Busuanga et sa voisine Coron Island, compte parmi les plus saisissantes des Philippines. Les navires jettent l'ancre au large; les chaloupes rejoignent ensuite le débarcadère, à une quinzaine de minutes de la petite ville de Coron, chef-lieu animé de cet archipel des Calamianes resté longtemps à l'écart des grandes routes touristiques.

Une bourgade entre mer et montagne

La bourgade vit au rythme des bangkas, ces bateaux à balanciers de bambou qui servent ici de taxis, de cargos et de bateaux de pêche. Les maisons sur pilotis bordent le rivage, le marché déborde de mangues, de poissons séchés et d'ananas, et l'odeur des grillades flotte entre les échoppes en fin de matinée pendant que les tricycles motorisés pétaradent dans les ruelles. Pour prendre la mesure du décor, 700 marches grimpent au sommet du mont Tapyas : l'effort, de préférence tôt dans la journée, se paie d'une vue circulaire sur la baie, les îlots et les récifs qui affleurent sous la surface.

Kayangan, le lac au bout des marches

L'excursion emblématique traverse la baie en bangka jusqu'à Coron Island, territoire du peuple autochtone Tagbanwa. Après un débarcadère de bois, environ 150 marches mènent à un belvédère dont l'image orne la moitié des affiches du pays : une anse émeraude cernée de pitons calcaires. De l'autre côté du col, le lac Kayangan attend les nageurs — une eau douce et limpide encadrée de parois abruptes. Masque et tuba révèlent des formations rocheuses immergées d'une netteté irréelle. Les lacs jumeaux de la lagune voisine et le lac Barracuda complètent souvent le circuit.

Récifs et épaves

Les eaux des Calamianes cachent une singularité mondiale : une flotte japonaise coulée en septembre 1944 lors d'un raid aérien américain repose ici par des fonds accessibles, faisant des Calamianes l'un des hauts lieux de la plongée sur épaves. Certaines coques gisent à des profondeurs que les plongeurs certifiés explorent en excursion; l'épave dite du Squelette, peu profonde, se découvre même en apnée. Pour une sortie plus paisible, le parc marin de Siete Pecados offre un jardin de coraux où évoluent poissons-perroquets et tortues, à quelques minutes de la ville; gilets de flottaison fournis sur place, et guides locaux qui connaissent chaque tête de corail.

Les sources chaudes de Maquinit

En fin de journée, les sources de Maquinit, parmi les rares sources salées au monde aménagées en bassins, proposent une expérience singulière : une eau à près de 40 degrés, des terrasses de pierre face à la mangrove, et la fatigue de la journée qui se dissout doucement. Le site se trouve à une vingtaine de minutes de tricycle de la ville.

À retenir pour l'escale

  • Les sorties vers le lac Kayangan se font en bangka : prévoir chaussures d'eau et protection solaire;
  • le mont Tapyas se gravit de préférence le matin, avant la chaleur;
  • le parc marin de Siete Pecados convient à tous les niveaux de nage;
  • la monnaie locale en petites coupures facilite achats et pourboires;
  • les escales longues peuvent viser la réserve de Calauit, à l'extrémité nord-ouest de l'île, où vivent en liberté girafes et zèbres introduits d'Afrique dans les années 1970.

Quitter la baie

Au départ, les falaises calcaires de l'île voisine défilent une dernière fois le long de la coque, et les bangkas regagnent leurs mouillages dans le soir naissant. Peu d'escales condensent autant de merveilles naturelles dans un si petit périmètre. Longtemps après, il suffira de fermer les yeux pour retrouver le vert exact de l'eau entre les parois — cette couleur-là ne s'oublie pas.