En 1883, des hommes d'affaires de Portland cherchaient de l'eau en abondance pour alimenter les machines d'une papetière. Ils l'ont trouvée ici, entre les lacs et le fleuve Columbia, et la ville de Camas a grandi autour de son usine. Aujourd'hui, les navires de croisière fluviale s'amarrent au brise-lames du port de Camas-Washougal, dans l'État de Washington, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Portland, juste avant que le Columbia ne s'engage dans sa célèbre gorge.

Une escale au seuil de la gorge du Columbia

Les bâtiments qui font halte ici sont de petites unités d'environ 125 à 200 passagers, engagées sur des itinéraires d'une semaine entre Astoria et Clarkston. Le port sert souvent de point de départ ou d'arrivée de croisière, ce qui laisse aux voyageurs un moment privilégié pour apprivoiser les deux villes jumelles installées côte à côte sur la rive nord du fleuve.

Dès la passerelle franchie, le parc riverain de Washougal déroule son sentier pavé d'environ un kilomètre et demi autour d'une pointe verte. Des bancs font face au courant, une table d'orientation aide à nommer les reliefs, et des panneaux d'interprétation racontent le fleuve. Par temps clair, la silhouette des collines de l'Oregon se découpe sur l'autre rive, et les pêcheurs installés sur le quai flottant complètent la scène.

La ville de la papetière

Le centre de Camas s'étire à environ deux kilomètres du plan d'eau. Ses rues bordées d'arbres alignent boutiques indépendantes, galeries et cafés dans des façades de brique soigneusement entretenues. Le Liberty Theatre, cinéma d'époque toujours en activité, veille sur la rue principale. L'atmosphère rappelle ces bourgs américains où l'on salue les passants, où les vitrines changent au rythme des saisons et où l'histoire industrielle affleure à chaque coin de rue.

Les marcheurs prolongeront volontiers la promenade vers le lac Lacamas, dont les rives boisées portent un réseau de sentiers. C'est cette réserve d'eau douce qui a valu à la cité son destin de ville papetière; on y observe aujourd'hui hérons, canards et kayakistes plutôt que des trains de billots.

Washougal, l'art et la laine

Sa voisine immédiate cultive une personnalité différente. La petite ville s'est donné un parcours d'art public d'une cinquantaine d'œuvres, sculptures et murales que l'on repère au fil d'une balade libre. Les amateurs de tissage connaissent surtout son magasin d'usine Pendleton, où la maison lainière vend couvertures et vêtements à prix réduits. Entre deux averses, la place Reflection accueille marchés et concerts selon la saison.

Le fleuve comme fil conducteur

La position des deux villes explique l'arrêt des navires : elles gardent l'entrée ouest de l'aire panoramique nationale de la gorge du Columbia, ce long corridor de falaises, de chutes et de forêts que les itinéraires fluviaux remontent ensuite vers l'est. Plusieurs excursions partent d'ici vers ses belvédères, tandis que Portland et ses jardins demeurent accessibles en moins d'une heure de route pour ceux qui embarquent ou débarquent.

RepèreDistance approximativeAccès
Parc riverain de WashougalAdjacent au quaiÀ pied
Centre de CamasEnviron 2 kmÀ pied ou en taxi
Lac LacamasCourte distanceEn taxi ou navette
Portland (Oregon)Environ 50 kmEn autocar

Quelques heures bien employées

Une demi-journée suffit pour goûter l'essentiel : la boucle du parc riverain au lever du jour, un café dans la rue principale, quelques œuvres du parcours public, puis le retour à bord par le sentier qui longe l'eau. Rien de spectaculaire au sens des grandes capitales, mais une Amérique de proximité, celle des villes d'usine devenues villes de promenade.

En larguant les amarres, le navire glisse vers les premières parois de la gorge, et l'on comprend soudain pourquoi cette halte discrète existe : elle marque la frontière entre la plaine urbaine et l'un des plus beaux corridors fluviaux du continent. La suite du voyage commence exactement ici.