Les peintres sont venus ici pour la lumière : Derain, Dufy et Matisse ont posé leurs chevalets sur ces quais où l'eau prend des teintes que la Méditerranée réserve à quelques élus. Cassis se blottit entre deux géants de pierre — les calanques blanches à l'ouest, le cap Canaille couleur de feu à l'est — et les navires qui y font escale mouillent dans la baie, le temps pour les annexes de rejoindre le centre en quelques minutes.

Le port, cœur battant du village

Tout commence au quai des Baux : façades jaunes, roses et bleues, filets étendus au soleil, terrasses où l'on sert l'apéritif dès la fin de l'avant-midi. Les pointus, ces barques de pêche provençales, se balancent devant les restaurants qui affichent la pêche du jour. Derrière le front de mer, les ruelles grimpent vers l'église Saint-Michel et les placettes aux fontaines moussues ; le marché provençal, les mercredis et vendredis matin, embaume la tapenade, le miel de garrigue et le savon de Marseille. Au-dessus des toits veille le château médiéval, propriété privée, dont la silhouette crénelée signe le paysage.

Les calanques, cathédrales de calcaire

La grande affaire de l'escale, ce sont elles. Depuis les quais, des vedettes proposent toute la journée des circuits de 45 minutes à deux heures vers les échancrures du parc national : Port-Miou et sa forêt de mâts, Port-Pin ourlée de pins d'Alep, En-Vau surtout, dont les parois de 100 mètres encadrent une anse d'eau émeraude où les grimpeurs semblent suspendus au ciel. Les marcheurs peuvent aussi rejoindre Port-Miou à pied en une trentaine de minutes depuis le centre, sentier facile qui suffit à donner un aperçu de ce monde minéral. Prévoir chapeau et eau : l'ombre y est rare et le soleil provençal ne pardonne pas.

Cap Canaille, la falaise de feu

De l'autre côté de la baie, le cap Canaille dresse la plus haute falaise maritime de France : 394 mètres de grès ocre et rouge plongeant dans le bleu. La route des Crêtes, qui serpente à son sommet vers La Ciotat, aligne les belvédères vertigineux — un circuit d'excursion classique en minibus, spectaculaire en fin de journée quand la roche s'embrase. Vu du village, le contraste entre cette muraille flamboyante et le calcaire blanc des calanques compose un décor que l'on ne retrouve nulle part ailleurs sur la côte.

Le vignoble les pieds dans l'eau

Cassis fut en 1936 l'une des toutes premières appellations contrôlées de France. Ses quatorze domaines, accrochés aux terrasses entre mer et falaises, produisent surtout un blanc sec aux notes d'agrumes et de fleurs blanches, compagnon idéal des oursins et de la bouillabaisse. Plusieurs caveaux se visitent à quelques pas des quais ; Mistral, l'écrivain provençal, affirmait que qui a vu Paris et pas Cassis n'a rien vu. Les terrasses du quai permettent de vérifier l'adage, verre à la main, face aux barques.

Bon à savoir

  • Le débarcadère des annexes se trouve en plein centre ; tout est accessible à pied.
  • Billets pour les calanques en vente directement au débarcadère ; les départs du matin offrent une mer plus calme.
  • Plage de la Grande Mer, sable et galets, à deux minutes du quai pour une baignade rapide.
  • En été, le mistral peut interrompre les sorties en mer : garder un plan de rechange côté village.

Quand l'annexe repart vers le navire, le village s'éloigne doucement, pastel entre ses deux falaises, et l'on se surprend à photographier encore, comme pour retenir cette lumière qui a tant fait peindre. Cassis tient en quelques centaines de mètres, mais il faut des heures pour s'en détacher.