Catane est une ville noire au pied d'une montagne qui fume. La pierre de lave a servi à tout reconstruire après le tremblement de terre de 1693 : palais, églises, pavés, fontaines. Le résultat, un baroque sombre et théâtral inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, ne ressemble à rien d'autre en Sicile. Depuis le quai, quinze à vingt minutes de marche sur terrain plat suffisent pour rejoindre la Piazza del Duomo, et l'Etna, presque toujours visible au bout des rues, veille sur chaque étape de la journée.

L'éléphant et la cathédrale

Tout commence sur la Piazza del Duomo. Au centre, la fontaine de l'éléphant porte le symbole de la cité : un pachyderme de lave noire surmonté d'un obélisque, que les Catanais surnomment affectueusement u Liotru. Face à lui, la cathédrale dédiée à sainte Agathe, patronne de la ville, déploie sa façade baroque en pierre claire et lave sombre, au sein d'une place dessinée d'un seul élan après le séisme, d'une belle unité. L'intérieur abrite les reliques de la sainte, célébrée chaque février par l'une des plus grandes fêtes religieuses d'Europe.

La Pescheria, le théâtre du matin

Juste derrière la place, un escalier descend vers la Pescheria, le marché aux poissons historique. Le spectacle vaut tous les musées : espadons entiers sur la glace, poulpes luisants, montagnes de sardines, vendeurs qui hèlent le client d'une voix de stentor. Autour des étals de poisson, fromages, olives, agrumes et épices complètent le tableau. Le marché bat son plein le matin; y passer tôt garantit l'ambiance la plus vraie, appareil photo discret et sens en éveil. Autour des étals, les osterias servent dès midi le poisson acheté à quelques mètres.

Le baroque de la via dei Crociferi

À quelques minutes au nord, la via dei Crociferi aligne sur quelques centaines de mètres une densité rare d'églises et de couvents baroques, bâtis d'un même élan après le séisme. La rue, calme et presque solennelle, se prête à une remontée lente, le regard porté vers les corniches, les balcons ventrus et les façades où la lave le dispute au calcaire. C'est le quartier le plus photogénique de la ville, et souvent le plus paisible.

La via Etnea, vitrine de la cité

L'artère principale porte bien son nom : la via Etnea file droit vers le volcan, qui ferme la perspective par temps clair. Piétonne sur l'essentiel de son tracé, elle concentre boutiques, librairies, pâtisseries et cafés centenaires. C'est l'endroit rêvé pour la pause sicilienne par excellence : une granita au citron ou aux amandes, accompagnée d'une brioche tiède, dégustée au comptoir comme le font les habitants. Les arancini et les cannoli guettent ceux qui résistent à la première tentation.

L'Etna, pour les escales généreuses

Quand le navire reste six à huit heures à quai, une excursion vers l'Etna devient réaliste : les autocars grimpent en une heure et demie environ vers les cratères d'altitude, entre coulées noires figées et forêts. Les escales plus longues ouvrent d'autres horizons, Taormine la scénique ou Syracuse l'antique. Mais Catane elle-même suffit largement à remplir une journée, et bien des passagers repartent en regrettant de ne pas lui avoir tout donné.

Retour vers le quai

En redescendant vers la mer, on emporte des images contrastées : le noir de la pierre et l'or des façades, les cris de la Pescheria et le silence des Crociferi, la fumée lointaine du volcan au-dessus des toits. Catane vit avec sa montagne comme on vit avec un voisin imprévisible, en la respectant et en la célébrant. Le retour vers le quai se fait en pente douce, par les mêmes rues plates qu'à l'aller. Le voyageur qui a arpenté Catane une journée comprend cette alliance, et l'Etna, depuis le pont du navire, semble déjà lui adresser une invitation à revenir.