Deux fleuves se rencontrent au pied des tours. Le Jialing, plus vert, vient se fondre dans le Yangzi, plus jaune, et la ligne de partage des eaux reste visible un long moment. C'est à cette pointe, le quai de Chaotianmen, que Chongqing accueille et renvoie les navires du Yangzi. Pour la plupart des voyageurs, la métropole marque le début ou la fin d'une navigation vers les Trois Gorges, et elle mérite bien davantage qu'un simple passage entre l'aéroport et la passerelle.

Chaotianmen, la porte des fleuves

L'embarquement se fait généralement en fin d'après-midi ou en soirée, ce qui laisse une journée entière pour prendre la mesure de la ville. Le quai s'adosse à la place de Chaotianmen, un vaste belvédère tourné vers la confluence. Juste au-dessus, le complexe Raffles City dresse ses tours reliées par une passerelle horizontale; sa plateforme d'observation embrasse les deux fleuves et un paysage urbain construit à la verticale, en étages successifs sur les collines.

Une ville en trois dimensions

Chongqing ne ressemble à aucune autre métropole chinoise. Les rues passent au-dessus des toits, les escaliers tiennent lieu de trottoirs et le métro traverse parfois les immeubles. Pour saisir cette géographie, le téléphérique du Yangzi reste le moyen le plus direct, une traversée aérienne du fleuve qui offre quelques minutes de vue plongeante sur les eaux chargées de barges. À la nuit tombée, l'ensemble Hongya Cave illumine la falaise voisine, un empilement de maisons sur pilotis réinventé en galeries de restaurants et d'échoppes, à courte distance du quai.

La mémoire de la navigation

Pour comprendre ce que la navigation s'apprête à montrer, le musée des Trois Gorges, face à la grande salle du Peuple, expose l'histoire du fleuve, des villages engloutis par le réservoir et des cultures du Sichuan oriental. Les maquettes et les photographies donnent un relief particulier aux paysages que le navire traversera dans les jours suivants. C'est une étape qui change la lecture du voyage.

Ciqikou, l'ancienne bourgade

À environ 18 kilomètres du centre, l'ancienne bourgade de Ciqikou aligne ses ruelles de la fin de la dynastie Ming au-dessus du Jialing. Maisons de bois restaurées, ateliers de calligraphie, marchands de thé et parfum de piment grillé; l'endroit est couru, mais il conserve l'échelle humaine d'un vieux quartier de colline. La ligne 1 du métro dessert d'ailleurs une station Ciqikou, à quelques rues de l'entrée de la vieille bourgade. On y goûte la cuisine locale, dont les nouilles épicées et la fondue sichuanaise, à condition d'apprivoiser le poivre du Sichuan qui engourdit légèrement les lèvres.

RepèrePosition par rapport à l'embarcadère
Place et belvédère de la confluenceImmédiatement au-dessus des berges
Hongya CaveÀ courte distance, en bordure du Jialing
Téléphérique du YangziDans le centre, rive du Yuzhong
Musée des Trois GorgesDans le centre, secteur de la grande salle du Peuple
CiqikouEnviron 18 km

Avant de larguer les amarres

Mieux vaut prévoir d'arriver au quai une à deux heures avant l'embarquement, le temps de trouver son navire parmi les unités alignées. Depuis le pont supérieur, le spectacle du départ vaut qu'on s'installe tôt, la ville s'allume graduellement et les façades se transforment en écrans lumineux qui se reflètent dans les deux fleuves.

Quand le navire s'éloigne enfin de la pointe de la confluence, les tours rapetissent et les collines reprennent leurs droits. Chongqing aura été une entrée en matière étourdissante; le fleuve, lui, promet maintenant le calme des gorges. Entre les deux, le voyageur comprend qu'en Chine, la démesure et la contemplation voyagent souvent sur le même fleuve.