Les otaries ont leurs habitudes au marché aux poissons, et personne ne songe à les déloger. Elles se prélassent près des étals pendant que les écaillers ouvrent les coquillages et que les cuisinières servent le ceviche du jour. Coquimbo, port de pêche du nord du Chili accolé à la ville coloniale de La Serena, reçoit les navires qui longent la côte pacifique entre Valparaiso et le désert d'Atacama. L'escale sent l'iode, le citron et la friture, et c'est très bien ainsi.

Un quai en pleine ville

Le môle d'accostage se trouve en bordure immédiate du centre de Coquimbo; une dizaine de minutes de marche suffisent pour gagner les rues commerçantes et la place principale. Dès la sortie, le regard bute sur deux repères plantés sur les hauteurs, une croix monumentale d'un côté, un dôme rappelant une mosquée de l'autre, résumé insolite d'un port qui a toujours mélangé les mondes.

Le belvédère du troisième millénaire

Sur la colline El Vigia, la croix du troisième millénaire dresse ses 83 mètres de béton blanc, achevée en 2001 pour marquer le passage à l'an 2000 du monde chrétien. Un ascenseur et des plateformes permettent de monter dans la structure; la vue embrasse la baie en fer à cheval, les collines arides et l'océan qui moutonne jusqu'à l'horizon. Par temps clair, le panorama compte parmi les plus amples de la côte, et le vent frais du Pacifique fait le reste. Des sentiers aménagés permettent aussi d'y monter à pied, pour les plus sportifs.

Barrio Ingles, la mémoire des comptoirs

En redescendant vers l'eau, le Barrio Ingles aligne les demeures de bois construites à la grande époque du commerce minier, quand les maisons anglaises tenaient comptoir dans la baie. Balcons ouvragés, façades colorées et cafés installés dans les anciens entrepôts donnent au quartier un cachet victorien inattendu sous ce soleil. Les fresques murales et les places ombragées se prêtent à une flânerie tranquille avant de rejoindre le front de mer et son fort de pierre, le Fuerte Lambert, campé sur une pointe rocheuse face aux vagues.

La Serena, la voisine coloniale

À une douzaine de kilomètres, La Serena, deuxième plus ancienne ville du Chili, se rejoint en une vingtaine de minutes de taxi ou d'autocar. Son centre déploie églises de pierre claire, patios fleuris et musées autour de la place d'armes, dans un ordonnancement colonial soigneusement préservé. L'avenue du bord de mer relie une succession de plages jusqu'au phare emblématique de la ville, rendez-vous des familles le dimanche. Les compagnies proposent aussi la vallée de l'Elqui, patrie du pisco et des observatoires, pour ceux qui préfèrent les montagnes à la mer.

DestinationTemps de trajet depuis le quai
Centre de Coquimbo et marché10 à 15 minutes à pied
Croix du troisième millénaireCourte course en taxi
La SerenaEnviron 20 minutes en voiture
Vallée de l'ElquiExcursion d'une demi-journée ou plus

À table face à la baie

Le marché du port reste l'expérience la plus savoureuse de l'escale. On y mange simple et frais, empanadas aux fruits de mer, poisson grillé, machas gratinées au parmesan, pendant que les pélicans surveillent les retours de pêche. Les curieux compareront avec les restaurants de Guayacan, l'anse voisine, réputée pour ses couchers de soleil.

Quand le navire reprend sa route, la croix blanche veille longtemps sur la baie, puis la côte redevient désert et rochers. De Coquimbo, on garde un goût de citron vert et de coriandre, le rire des marchandes du marché et cette lumière sèche du Norte Chico qui donne envie de suivre la côte chilienne encore un peu plus loin.