Le jour se lève sur le golfe de Guinée quand le navire s'amarre dans le port de commerce de Cotonou. Autour des grues, la ville s'éveille déjà : le bourdonnement des zémidjans, ces motos-taxis par milliers, monte des avenues avant même que la passerelle ne touche le quai. Capitale économique du Bénin, Cotonou n'a rien d'une ville-musée. Elle vit à plein régime, et c'est exactement ce qu'elle offre au voyageur : une immersion franche dans l'Afrique de l'Ouest d'aujourd'hui, avec en prime l'accès à l'un des villages lacustres les plus étonnants du continent.

Ganvié, le village sur pilotis

L'excursion la plus marquante de l'escale se trouve sur le lac Nokoué, à une trentaine de minutes de route du centre. De l'embarcadère, une pirogue motorisée glisse vers Ganvié, où des milliers d'habitants vivent au-dessus de l'eau depuis le XVIIe siècle. Maisons sur pilotis, école, marché flottant : tout se fait en barque, et les pêcheurs y pratiquent toujours l'acadja, une technique d'enclos de branchages qui attire le poisson. On circule lentement entre les habitations, salué par les enfants qui pagaient vers leur classe. Les guides expliquent l'origine du village, fondé par le peuple toffin qui trouva refuge sur le lac pour échapper aux razzias, l'eau étant alors considérée comme un territoire protégé. Peu d'images du voyage restent aussi nettes dans la mémoire.

Dantokpa, le ventre de la ville

De retour en ville, le marché Dantokpa mérite qu'on lui consacre du temps. Étendu sur une vingtaine d'hectares près de la lagune, il compte parmi les plus grands marchés à ciel ouvert d'Afrique de l'Ouest. Tissus imprimés empilés jusqu'au plafond, épices, ignames, bassines émaillées : chaque allée a sa spécialité. Une section entière est consacrée aux objets rituels du vodun, religion née dans cette région et toujours bien vivante. On s'y déplace accompagné d'un guide, on négocie avec le sourire, et l'on ressort avec des couleurs plein les yeux.

Une cathédrale rayée et de l'art contemporain

À quelques minutes du marché, la cathédrale de Cotonou surprend avec sa façade rayée rouge et blanc, repère familier des habitants depuis la fin du XIXe siècle. Autre visage de la ville, la Fondation Zinsou expose photographie, peinture et sculpture d'artistes africains contemporains dans un espace lumineux, doublé d'une boutique et d'un café. La visite offre une pause fraîche et montre une scène artistique béninoise en pleine effervescence, que peu de croisiéristes s'attendent à trouver ici.

Porto-Novo, la capitale discrète

Ceux qui souhaitent aller plus loin peuvent rejoindre Porto-Novo, la capitale officielle, à environ 38 km au nord-est. La route longe la lagune avant d'atteindre ses bâtiments coloniaux afro-brésiliens, ses musées et son grand marché. Comptez une bonne heure de trajet par sens : l'aller-retour se combine bien avec une matinée à Ganvié dans le cadre d'une excursion organisée.

Pour les curieux d'histoire

Certaines compagnies proposent aussi des programmes vers l'intérieur du pays, jusqu'aux palais royaux d'Abomey, siège de l'ancien royaume du Dahomey, parfois couronnés d'une réception protocolaire. La journée est longue, mais elle plonge dans une page majeure de l'histoire ouest-africaine, celle d'un royaume dont la puissance impressionna les Européens pendant deux siècles.

Repères pratiques

DestinationDistance depuis le portMoyen conseillé
Centre-ville et DantokpaQuelques kilomètresTaxi ou navette d'excursion
Ganvié (lac Nokoué)Environ 30 à 40 minutes de route, puis pirogueExcursion guidée
Porto-NovoEnviron 38 kmExcursion organisée

Avant de remonter à bord

À l'heure où le soleil descend derrière les grues du port, les zémidjans allument leurs phares par vagues. Cotonou ne cherche pas à séduire : elle se contente d'être elle-même, énergique et généreuse. C'est peut-être pour cela qu'on la quitte avec le sentiment d'avoir touché quelque chose de vrai, et l'envie de mieux comprendre ce pays qui a tant à raconter.