Une forteresse posée au milieu du chenal, des églises baroques sous les cocotiers, des ruelles aux balcons ouvragés : il flotte sur Diu un parfum de Lisbonne égaré dans la mer d'Arabie. Quatre siècles de présence portugaise, de 1535 à 1961, ont façonné cette petite île accrochée à la pointe sud de la péninsule du Kathiawar, dans l'ouest de l'Inde, aujourd'hui territoire de l'Union apprécié pour sa douceur de vivre. Les rares navires de croisière qui s'y arrêtent offrent à leurs passagers une page d'histoire que peu de voyageurs ont eu la chance de feuilleter.

Arriver dans un ancien comptoir

L'escale conserve un caractère confidentiel : selon le navire et les conditions, l'arrivée se fait au mouillage devant la côte, avec transfert vers la jetée. Dès les premiers pas, le décor surprend : les rues sont propres et calmes, la circulation clairsemée, et le vieux quartier déroule ses façades ocre, jaunes et bleu délavé, héritage direct de l'urbanisme portugais entretenu avec un soin visible. On circule aisément en taxi ou en autorickshaw d'un bout à l'autre de l'île, longue d'une douzaine de kilomètres, et les distances courtes laissent tout le loisir de s'attarder.

La forteresse face aux flots

Construite entre 1535 et 1541, la forteresse de Diu compte parmi les plus imposantes que le Portugal ait élevées en Asie. Ses remparts ceinturés de douves dominent l'eau sur trois côtés, hérissés de canons rongés par le sel. On y grimpe librement, de bastion en bastion, jusqu'au phare qui couronne l'ensemble, en croisant chapelles ruinées, citernes et inscriptions gravées dans la pierre. Face à l'entrée du chenal se dresse Panikotha, fortin de pierre isolé au milieu des eaux, que l'on atteint en bateau depuis la jetée quand la mer le permet : l'une des images les plus singulières de toute la côte indienne.

Églises, musée et ruelles anciennes

Au cœur du vieux Diu, l'église Saint-Paul, achevée en 1610, déploie une façade sculptée et des boiseries intérieures d'une finesse remarquable; la messe s'y célèbre encore. Sa voisine, l'ancienne église Saint-Thomas, abrite un musée d'art sacré où statues anciennes et inscriptions racontent l'époque des navigateurs. Entre les deux, les ruelles du quartier historique se prêtent à la flânerie, entre demeures à balcons, portails armoriés et petites places où le temps s'attarde. La porte monumentale de Zampa, rehaussée de sculptures, marque l'entrée occidentale de la vieille enceinte.

Repères de l'escale

RepèreDétail
ArrivéeAu mouillage avec transfert, selon les navires
Sites majeursForteresse, Panikotha, église Saint-Paul
DéplacementsTaxis et autorickshaws sur toute l'île
Meilleure saisonD'octobre à mars, chaleur plus clémente

Grottes, plages et promenades

L'île réserve aussi des paysages inattendus. Les grottes de Naida, anciennes carrières creusées d'arches et de puits de lumière, composent un labyrinthe doré que les photographes adorent. Côté sable, la plage de Nagoa incurve son croissant de sable sous les palmiers hoka, une variété propre à la région, tandis que celle de Ghoghla, plus longue, regarde vers le continent. Les promeneurs du soir se retrouvent sur le front de mer, quand la lumière rase embrase les remparts et que les barques de pêche rentrent au chenal dans une odeur d'embruns et de filets mouillés.

Reprendre la mer d'Arabie

Diu ne figure dans aucun palmarès des grandes escales, et c'est précisément sa force. On en repart avec des images nettes : un fortin seul au milieu des flots, une façade d'église blanchie par les siècles, des ruelles où résonne encore un lointain écho lusitanien. À l'heure où le navire reprend sa route, chacun mesure la chance d'avoir abordé ce fragment d'Inde à part, que l'histoire a façonné autrement et que le tourisme n'a pas encore refaçonné.