C'est un Québécois qui a laissé son nom à la plus ancienne cité de l'Iowa. À la fin du 18e siècle, Julien Dubuque, commerçant de fourrures né près de Trois-Rivières, obtint de la nation mesquakie le droit d'exploiter les mines de plomb de la région; la colonie qui grandit sur place adopta son patronyme. Deux siècles plus tard, sa ville regarde toujours le Mississippi couler entre de hautes falaises calcaires, avec une élégance de vieille dame du Midwest. Les bateaux fluviaux se rangent au Port of Dubuque, à la hauteur du bassin de l'Ice Harbor, à quelques minutes de marche des principales attractions.
Le fleuve expliqué par lui-même
Juste au bord du bassin, le National Mississippi River Museum & Aquarium constitue la meilleure entrée en matière qui soit. Loutres, esturgeons géants, alligators et tortues y présentent la vie du bassin fluvial, tandis que les galeries historiques racontent vapeurs à aubes, crues mémorables et travaux des ingénieurs. On y comprend, exemples à l'appui, comment ce cours d'eau a façonné l'économie de tout le centre du continent. À quai, on monte aussi à bord du William M. Black, une drague à vapeur centenaire amarrée au musée, du poste de pilotage à la salle des machines. Les familles y passent facilement deux heures, et les mordus d'histoire davantage encore.
Le funiculaire le plus abrupt qui soit
À quelques rues de là, au bout de la 4e Rue, un drôle de petit wagon grimpe la falaise depuis les années 1880. Le Fenelon Place Elevator se présente comme le chemin de fer le plus court et le plus pentu du monde : une poignée de dollars, deux minutes d'ascension, et la récompense attend en haut — un panorama qui embrasse le centre historique, le fleuve et, par temps clair, trois États d'un seul regard : l'Iowa, l'Illinois et le Wisconsin. La descente à pied, par les rues en lacets bordées de demeures victoriennes, prolonge agréablement le détour, entre jardins soignés et vérandas ouvragées.
Un centre-ville de brique et de vitraux
La cité a prospéré au temps du bois, du plomb et des bateaux, et ses rues en témoignent : blocs de brique rouge, corniches ouvragées, enseignes peintes. La Main Street aligne cafés, brasseries artisanales et boutiques dans des bâtiments soigneusement restaurés. Les amateurs d'architecture lèvent les yeux vers le palais de justice du comté, coiffé d'un dôme doré, et vers les clochers qui percent la ligne des toits. L'ensemble se parcourt sans plan, au gré des devantures.
Balades sur la rive
Le secteur portuaire, réaménagé, invite à flâner : passerelles au-dessus de l'Ice Harbor, esplanade du Mississippi Riverwalk, œuvres publiques et bancs face au courant. Les pontons accueillent parfois un remorqueur historique ou des embarcations de plaisance, et les panneaux d'interprétation content la construction du chemin de fer et des écluses. En saison, des croisières d'excursion d'une heure ou deux partent du même secteur, et les locations de vélos élargissent le rayon d'action le long de la berge. Les soirs d'été, la lumière rasante embrase la brique des anciens entrepôts — le moment préféré des photographes.
Bon à savoir
- Accostage au Port of Dubuque : musée, funiculaire et rues principales à distance de marche.
- Le Fenelon Place Elevator fonctionne d'avril à novembre; paiement comptant apprécié.
- Prévoir un lainage : le vent du fleuve surprend, même l'été.
- Les brasseries locales servent de bons dîners légers près de Main Street.
Au moment de larguer les amarres, la falaise s'éloigne avec ses maisons perchées et son petit wagon obstiné. Julien Dubuque avait choisi son promontoire avec flair : deux siècles plus tard, sa ville regarde toujours passer les bateaux — et leur fait encore de l'effet.


