Un parfum d'Écosse flotte à l'autre bout du monde. Dunedin — Ōtepoti en maori — fut fondée par des colons écossais qui voulurent bâtir ici leur « Édimbourg du Sud » : le nom même de la ville est celui d'Édimbourg en gaélique. Les navires accostent à Port Chalmers, bourg portuaire niché dans le fjord verdoyant de l'Otago Harbour, à 14 kilomètres du centre; navettes et autobus couvrent le trajet en une quinzaine de minutes le long d'une route côtière qui met déjà dans l'ambiance. La brume s'accroche parfois aux collines, les mouettes crient au-dessus des hangars : on se croirait quelque part dans les Highlands — à ceci près que les manchots ne sont pas loin.

La gare la plus photographiée du pays

Le centre se découvre à pied, et la première halte s'impose d'elle-même : la gare de Dunedin, achevée en 1904, aligne basalte sombre et pierre claire d'Oamaru sous des toits d'ardoise — un festin d'architecture édouardienne. À l'intérieur, le hall déploie un plancher de mosaïque et des vitraux où passent des locomotives; on la dit parmi les édifices les plus photographiés du pays, et l'on veut bien le croire. Les trains de banlieue ne s'y arrêtent plus, mais des convois touristiques en partent encore vers les gorges de l'arrière-pays, parfois directement depuis les quais d'accostage les jours de bateau.

L'Octogone et l'héritage écossais

Quelques rues plus loin, l'Octogone, place à huit côtés, forme le cœur battant de la cité : cathédrale St Paul, hôtel de ville, théâtre Regent et statue du poète Robert Burns, assis en surplomb des terrasses de café. George Street, l'artère commerçante, prolonge la flânerie entre librairies, lainages et chocolatiers. Pour saisir l'âme du lieu, le musée Toitū Otago Settlers retrace sans fard l'aventure des pionniers écossais et l'histoire maorie du site — entrée libre, muséographie remarquable. Non loin, la First Church dresse ses flèches néogothiques, rappel que la colonie fut d'abord une entreprise de l'Église libre d'Écosse; la brasserie Speight's, institution locale depuis 1876, propose quant à elle dégustations et visites dans ses murs de brique.

Baldwin Street, la pente record

Les amateurs de curiosités filent vers Baldwin Street, inscrite au livre Guinness comme la rue résidentielle la plus pentue du monde. Dix minutes d'effort suffisent pour la gravir, mollets brûlants, sous le regard amusé des riverains habitués aux photographies triomphantes prises au sommet. La vue sur les toits de la vallée récompense la montée, et la descente réveille des muscles insoupçonnés.

La péninsule d'Otago, royaume de l'albatros

L'autre visage de l'escale est sauvage. La péninsule d'Otago, qui ferme le fjord face à Port Chalmers, abrite à sa pointe, à Taiaroa Head, la seule colonie continentale d'albatros royaux au monde. Un observatoire permet d'approcher ces géants des mers, dont l'envergure dépasse trois mètres, planant au-dessus des falaises. En chemin, le château de Larnach — seul château de Nouvelle-Zélande, folie d'un banquier du 19e siècle — ouvre ses jardins en surplomb du fjord. Les criques de la péninsule abritent aussi otaries à fourrure et manchots : en fin de journée, les petits manchots bleus regagnent par groupes la grève de Pilots Beach, sous l'œil des visiteurs encadrés. Comptez une demi-journée pour la boucle en excursion ou en taxi.

Distances et durées

RepèreDistance ou durée
Port Chalmers — centre de Dunedin14 km, 15 à 20 minutes en navette
Gare, Octogone, ToitūÀ pied de l'un à l'autre
Baldwin StreetCourte course en taxi
Albatros de Taiaroa HeadEnviron 30 km, demi-journée

Au retour, tandis que le navire glisse entre les collines du fjord, les albatros escortent parfois la coque sur quelques encablures. Ville de granit tricoté serré et péninsule battue par les vents : Dunedin réussit ce mariage sans forcer — à la manière écossaise, avec une pointe de fierté discrète.