Il existe un endroit où l'Europe s'arrête. Flores, la plus occidentale des îles des Açores, marque la dernière terre avant l'immensité de l'Atlantique nord. Son nom vient des fleurs qui la recouvrent, et l'annonce n'a rien d'exagéré : hortensias en haies bleues le long des routes, prairies d'un vert saturé, falaises rayées de cascades. Les navires qui s'y arrêtent offrent à leurs passagers une parenthèse rare, loin de tous les circuits battus.

Une arrivée au rythme de l'océan

L'escale garde ici un parfum d'aventure : les navires mouillent devant Lajes das Flores et débarquent leurs passagers en embarcation légère, la jetée du petit havre ayant été détruite par un ouragan en octobre 2019. Ce débarquement dépend donc de l'humeur de l'océan, ce qui ajoute au caractère de l'île. Une fois à terre, Lajes déroule ses maisons blanches aux encadrements de pierre sombre, son église dominant l'anse et le silence particulier des bouts du monde habités.

Des cascades par dizaines

La vedette de l'île se trouve sur la côte opposée, au village de Fajã Grande. Le Poço do Bacalhau y reçoit une chute d'eau de 90 mètres qui tombe d'un seul jet dans un bassin sombre, au pied d'une paroi tapissée de verdure. Un sentier bordé de pierres de lave y conduit en longeant d'anciens moulins à eau. Tout près, le site de l'Alagoinha, aussi appelé Poço da Ribeira do Ferreiro, aligne plusieurs voiles d'eau qui glissent le long d'une falaise moussue avant de se rassembler dans un même bassin : un amphithéâtre végétal que l'on gagne à pied et que bien des voyageurs classent parmi leurs plus beaux souvenirs d'Atlantique.

Le plateau des cratères

L'intérieur de l'île réserve une autre surprise. Sur le plateau central, les excursions font halte devant les lacs jumeaux des caldeiras Funda et Rasa, puis près des caldeiras Negra et Comprida, des cratères noyés aux eaux tantôt noires, tantôt bleues selon la lumière. La route croise des vaches placides, des murets de basalte et des nappes de brume qui passent vite. Plus au sud, près de Fajãzinha, la Rocha dos Bordões dresse ses orgues de basalte : plus de deux cents colonnes de pierre hautes de 20 à 30 mètres, l'un des monuments naturels les plus étonnants de l'archipel.

Une île qui impose son rythme

L'endroit ne se prête pas à l'improvisation : les distances sont modestes, mais les routes sinueuses, et l'offre de transport reste limitée à quelques minibus et guides locaux. L'excursion organisée constitue ici le choix le plus sûr pour rejoindre les cascades et les cratères dans le temps imparti. Les marcheurs qui préfèrent rester près de Lajes trouveront de quoi remplir leurs heures : ruelles du bourg, points de vue sur l'anse, conversations avec des habitants peu pressés, observation des oiseaux pour les patients. Quoi que l'on choisisse, mieux vaut accepter d'emblée que l'on ne verra pas tout : l'île se savoure par fragments, comme un livre trop riche pour une seule lecture.

Le sentiment du bout du monde

En regagnant le bord, une évidence s'installe : on vient de fouler un territoire que très peu de voyageurs verront jamais. Après Flores, plein ouest, il n'y a plus que l'océan jusqu'au continent américain. Ce privilège discret, celui d'avoir touché la dernière pierre de l'Europe fleurie, accompagne longtemps ceux qui reprennent la mer, et il suffit d'un hortensia croisé ailleurs pour que l'île verte remonte à la surface.

Questions fréquentes

Il n'accoste pas : les navires mouillent au large de Lajes das Flores et débarquent les passagers en embarcation légère. La jetée du petit havre a été détruite par un ouragan en octobre 2019, alors le débarquement dépend des conditions de mer et peut être annulé si l'océan se lève.
Oui. Le bourg commence à quelques minutes de marche du point de débarquement : maisons blanches aux encadrements de pierre sombre, église dominant l'anse, points de vue sur le mouillage. Tout le reste de l'île, par contre, demande un véhicule.
Concentrez-vous sur deux sites. La cascade du Poço do Bacalhau et le site de l'Alagoinha, à Fajã Grande sur la côte opposée, forment le classique; le plateau des cratères, avec les caldeiras Funda, Rasa, Negra et Comprida, en est l'autre. Vouloir tout faire dans une seule escale mène à passer la journée en minibus.
Le Poço do Bacalhau, près de Fajã Grande : une chute de 90 mètres qui tombe d'un seul jet dans un bassin sombre, au pied d'une paroi tapissée de verdure. Un sentier bordé de pierres de lave y conduit en longeant d'anciens moulins à eau.
C'est le choix le plus sûr. Les distances sont modestes, mais les routes sont sinueuses et l'offre de transport se limite à quelques minibus et guides locaux. Sans réservation, le risque est réel de rester coincé à Lajes faute de véhicule disponible.
Un monument naturel d'orgues de basalte, près de Fajãzinha : plus de deux cents colonnes de pierre hautes de 20 à 30 mètres, formées par le refroidissement de la lave. C'est l'une des formations les plus étonnantes de tout l'archipel des Açores.
L'euro. Les cartes passent dans les restaurants et la plupart des commerces de Lajes, mais Flores reste une petite île : gardez des espèces pour les cafés de village, les guides indépendants et les endroits isolés.
Le portugais. L'anglais se comprend dans le tourisme et chez les guides d'excursion; le français est rare. Quelques mots de portugais sont reçus avec beaucoup de chaleur dans les villages.
De juin à septembre, quand la mer est la plus calme et que le débarquement en embarcation risque le moins d'être annulé. Les hortensias bleus atteignent leur sommet en juin et juillet. Même en été, attendez-vous à de la pluie et à de la brume : c'est ce qui fait couler les cascades.
Avec réserve. Le débarquement en embarcation, les routes sinueuses et les sentiers glissants vers les cascades conviennent mal aux tout-petits. Les enfants d'âge scolaire, eux, adorent les cratères et les chutes. Prévoyez des chaussures fermées et un imperméable.