La lumière arrive en premier. Bien avant la plage, c'est elle qui frappe : une clarté blanche renvoyée par un sable de quartz si fin qu'il crisse sous les pieds nus. Fort Myers Beach occupe l'île-barrière d'Estero, un ruban de onze kilomètres posé entre le golfe du Mexique et une baie tapissée de mangroves, sur la côte sud-ouest de la Floride. Les navires de petite taille qui s'y arrêtent mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe, au plus près du cœur de la station; la traversée offre déjà un joli aperçu du littoral.
Une station qui se relève
Un mot de contexte s'impose. En septembre 2022, l'ouragan Ian a frappé l'île de plein fouet et emporté une partie de ses maisons, de ses commerces et sa jetée de pêche. Depuis, Fort Myers Beach se reconstruit saison après saison : les restaurants ont rouvert un à un, le secteur piétonnier de Times Square a retrouvé ses terrasses et ses musiciens de rue, et la reconstruction de la jetée suit son cours. Le visiteur d'aujourd'hui trouve une station vivante, où les chantiers voisinent avec les parasols, et où l'accueil a gardé toute sa chaleur. Bien des commerçants glissent un mot de remerciement aux voyageurs qui reviennent : chaque visite participe, à sa façon, au retour à la normale.
Les pieds dans le sable
La plage demeure la grande affaire locale. Elle s'étire d'un bout à l'autre d'Estero, large, plate, baignée par une eau peu profonde qui descend en pente douce : on marche longtemps avant de perdre pied, ce qui en fait un terrain de jeu apprécié des familles comme des marcheurs du matin. Les coquillages s'y ramassent par poignées au petit matin, héritage des courants qui font de cette côte l'un des meilleurs coins de la Floride pour les collectionneurs. Conques, olives et sable-dollars se glissent dans les poches, et les habitués reconnaissent les meilleurs jours à la ligne de coquilles laissée par la marée du matin. Au nord, le parc de Bowditch Point ménage un face-à-face tranquille entre le golfe et l'entrée de la passe, avec quelques sentiers ombragés pour échapper au soleil de midi.
La baie, l'autre visage de l'île
Côté est, tout change. La baie d'Estero déroule un labyrinthe de mangroves où circulent kayaks et bateaux d'excursion, à la rencontre des grands dauphins qui chassent dans les chenaux. La réserve de Matanzas Pass se parcourt sur un sentier de bois ombragé, et la Mound House, plus ancienne demeure du secteur, raconte les Calusa, ce peuple qui bâtissait ici des buttes de coquillages bien avant l'arrivée des Européens. Sa terrasse domine la baie et offre l'un des plus beaux points de vue qui soient sur ce chapelet de mangroves.
Saveurs du golfe
Les crevettiers amarrés près du pont de Matanzas Pass rappellent que la crevette rose du golfe fait la fierté locale. On la retrouve partout, des cabanes de plage aux tables plus soignées, souvent accompagnée d'un sandwich au mérou, l'autre classique de la région. Les amateurs guettent aussi la saison de la pierre de crabe, servie avec un simple beurre citronné. Le soir venu, les terrasses de Times Square se remplissent pour le coucher de soleil, applaudi presque chaque jour comme un spectacle.
Avant de remonter à bord
Au moment de reprendre l'annexe, beaucoup jettent un dernier regard vers cette longue plage blanche qui a plié sans rompre. Il flotte sur Estero un mélange de douceur balnéaire et de ténacité tranquille qui ne laisse pas indifférent : on quitte l'île en lui souhaitant bonne route, et déjà un peu curieux de voir ce qu'elle sera devenue à la prochaine visite.


