Trois mâts anciens dépassent des hangars du port : ceux de l'Elissa, un trois-mâts barque de 1877 toujours en état de naviguer, amarré à deux pas des terminaux de croisière. L'image résume Galveston : une île du Texas tournée vers le golfe du Mexique, grande gare maritime des Caraïbes de l'Ouest, qui conserve derrière ses quais l'un des plus riches patrimoines victoriens des États-Unis.
Une escale qui commence à pied
La plupart des passagers embarquent ici, mais la ville mérite mieux qu'un trajet direct vers la passerelle. Depuis les terminaux principaux, le quartier historique du Strand se rejoint à pied en quelques minutes : rues bordées d'immeubles à arcades de fer forgé du dix-neuvième siècle, galeries, boutiques de bonbons à l'ancienne et musées de poche, le tout concentré sur quelques pâtés de maisons faciles à arpenter. Au temps où le coton partait d'ici vers le monde entier, on surnommait ce secteur le Wall Street du Sud-Ouest.
La ville d'avant la tempête
Pour comprendre Galveston, il faut connaître sa date charnière : le 8 septembre 1900, un ouragan submergea l'île et fit plusieurs milliers de victimes, la catastrophe naturelle la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis. La ville répliqua par deux chantiers titanesques : une digue de plusieurs kilomètres face au golfe, le Seawall, et le rehaussement complet de l'île, maisons comprises, hissées sur crics par milliers. Les demeures qui survécurent, comme l'exubérant Bishop's Palace de 1892 ou la Moody Mansion, racontent la fortune des grandes familles d'avant 1900, armateurs et négociants en coton dont les intérieurs se visitent encore.
Repères pour la journée
| Site | Ce qu'on y voit | Accès depuis les terminaux |
|---|---|---|
| Quartier du Strand | Façades victoriennes, boutiques | À pied |
| Elissa et musée du port | Trois-mâts de 1877 | À pied, Pier 21 |
| Bishop's Palace | Demeure de 1892 | 10 minutes en taxi |
| Seawall et Pleasure Pier | Front de mer, manèges au-dessus du golfe | 10 à 15 minutes en taxi |
Le front de mer
Côté golfe, le boulevard du Seawall déroule plages de sable brun, location de vélos et restaurants de fruits de mer sur pilotis. Le Pleasure Pier avance ses montagnes russes et sa grande roue au-dessus des vagues, clin d'œil assumé aux jetées d'attractions qui faisaient courir les foules au début du vingtième siècle. L'eau reste chaude une bonne partie de l'année, et les surfeurs locaux se contentent avec bonne humeur d'une houle modeste.
Une histoire américaine
Galveston occupe aussi une place à part dans la mémoire du pays : c'est ici, le 19 juin 1865, que fut proclamée l'émancipation des dernières personnes tenues en esclavage au Texas, événement fondateur de la fête du Juneteenth, devenue jour férié fédéral. Des fresques et un petit circuit commémoratif en gardent la trace dans le centre, à quelques rues des quais. Au fil des mêmes rues, on croise l'ancien opéra de 1894, toujours en activité, et des dizaines de bâtiments sauvés par une communauté de passionnés de patrimoine.
Dauphins entre les cargos
Dans le chenal du port, des grands dauphins accompagnent régulièrement remorqueurs et navettes, au grand plaisir des passagers qui patientent sur les ponts; de courtes sorties d'observation partent du secteur de Pier 21, entre deux allées et venues de porte-conteneurs. Le contraste dit bien la nature de l'île : un port industriel et une station balnéaire qui cohabitent depuis cent cinquante ans.
Avant l'appareillage
Quand la sirène du bord rappelle les passagers, beaucoup regrettent de n'avoir accordé à Galveston qu'une matinée, promettant d'arriver un jour plus tôt à la prochaine occasion. La doyenne des stations texanes a le triomphe discret : elle a survécu au pire ouragan de l'histoire américaine, réinventé sa fortune et gardé ses dentelles de fer forgé. Il serait dommage de ne voir en elle qu'un stationnement de départ.


