Vue du ciel, Gorinchem dessine une étoile presque parfaite, posée au confluent de la Linge et de la Merwede. Vue du pont d'un navire fluvial, elle se présente plus modestement : des remparts de terre couverts d'herbe, des moulins, un clocher penché. C'est pourtant la plus grande ville fortifiée intacte des Pays-Bas, et l'Automobile Club néerlandais l'a désignée en 2021 plus belle cité fortifiée du pays.
Le tour des remparts
La meilleure façon d'aborder la place forte consiste à grimper sur ses fortifications. Le circuit complet, aménagé sur les bastions du début du dix-septième siècle, s'étire sur environ cinq kilomètres et domine tour à tour les toits anciens, les canaux intérieurs et le large ruban de la Merwede parcouru de péniches. Ces ouvrages appartiennent aux Lignes d'eau hollandaises, un système de défense par inondation volontaire inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Marcher sur cette ceinture verte, c'est parcourir quatre siècles de stratégie militaire sans croiser un seul canon. Des bancs invitent à s'asseoir un moment, le temps de regarder passer les convois chargés vers Rotterdam.
La Grote Toren et le cœur ancien
À l'intérieur de l'enceinte, les ruelles convergent vers la Grote Toren, la haute tour d'église que l'on aperçoit de loin. Sa silhouette légèrement inclinée intrigue les visiteurs; son sommet, accessible lors de créneaux d'ouverture, récompense l'ascension par un panorama sur l'étoile fortifiée et les rivières. En contrebas, la place du marché et les rues commerçantes alignent façades à pignons, cafés et boutiques dans une atmosphère de petite ville prospère.
Un enfant du pays parti pour la Corée
Gorinchem cultive la mémoire d'un aventurier singulier. En 1653, le navigateur Hendrick Hamel, né ici, fait naufrage sur les côtes de la Corée, où il demeure retenu treize ans. Son récit, publié à son retour, devient la première description détaillée de ce royaume alors fermé aux Occidentaux. Un musée lui est consacré dans le centre, complété par le Gorcums Museum, installé dans l'ancien hôtel de ville, qui retrace l'histoire locale et expose les œuvres de peintres de la région.
Un château de l'autre côté de l'eau
Depuis les bastions, le regard accroche une silhouette carrée posée sur la rive opposée : le château de Loevestein, forteresse du quatorzième siècle plantée au confluent des grandes rivières. C'est de sa prison que le savant Hugo Grotius s'évada en 1621, caché dans un coffre à livres, épisode que tous les écoliers néerlandais connaissent. En saison, un traversier pour piétons relie Gorinchem au château, transformant l'anecdote en excursion possible pour les escales généreuses en temps.
L'eau dans tous ses états
Ici, l'eau n'est jamais loin. Les canaux intérieurs reflètent les entrepôts d'autrefois, le petit port de plaisance anime le pied des remparts et des embarcations proposent, en saison, de courtes sorties sur la Linge, l'une des rivières les plus paisibles du pays. Depuis les bastions sud, on aperçoit aussi le va-et-vient du traversier qui relie les rives de la Merwede, prolongement moderne d'une tradition de passeurs vieille de plusieurs siècles.
Ce qu'il faut savoir
- Amarrage fluvial à courte distance des remparts; tout se fait ensuite à pied.
- Circuit complet des fortifications : environ cinq kilomètres, sans difficulté particulière.
- Gorcums Museum et musée Hendrick Hamel dans le cœur ancien.
- Montée de la Grote Toren possible selon les horaires d'ouverture.
En fin de journée, quand la lumière rase les bastions et que les moutons paissent sur les glacis, Gorinchem retrouve la quiétude qui la caractérise depuis que ses canons se sont tus. Le voyageur redescend vers son navire avec le sentiment d'avoir marché sur une frontière invisible, celle où les Hollandais ont appris à faire de l'eau leur meilleure alliée. Peu d'escales racontent aussi clairement l'âme de ce pays.


