Entre Moscou et Saint-Pétersbourg, la voie d'eau Volga-Baltique traverse un pays de forêts, de lacs et de clochers. Goritsy n'y est qu'un village : quelques maisons de bois le long de la rivière Cheksna, des potagers, un embarcadère. Mais ce hameau du Nord russe garde l'entrée d'un des grands sanctuaires du pays, et les navires fluviaux s'y arrêtent depuis des générations pour mener leurs passagers, le temps de quelques heures, jusqu'aux murailles blanches du monastère Saint-Cyrille-du-lac-Blanc.

Un village du Nord russe

Le débarquement donne le ton : isbas aux fenêtres ouvragées, herbes hautes, barques retournées sur la berge. Près de l'embarcadère, les habitants proposent baies de saison, tricots de laine et souvenirs peints. Sur une butte au bord de l'eau se dresse le couvent de la Résurrection, fondé au XVIe siècle par une princesse de la famille d'Ivan le Terrible qui y fut plus tard reléguée. Ses bâtiments, longtemps délaissés, reprennent vie peu à peu avec le retour d'une petite communauté religieuse. Les navires se suivent en été, mais le hameau garde son quant-à-soi : les chats dorment sur les clôtures et les jardins sentent l'aneth.

La route de Kirillov

Des autocars conduisent les passagers vers la ville voisine de Kirillov, à une dizaine de minutes. La route grimpe entre champs et bosquets de bouleaux; certains itinéraires marquent une pause au mont Maura, colline d'où le moine Cyrille aurait reconnu, à la fin du XIVe siècle, le lieu que la Vierge lui avait désigné en songe. De là-haut, le regard porte sur les lacs et les coupoles — un paysage qui n'a guère changé depuis les récits des pèlerins. Le trajet est court, mais il suffit à changer d'époque.

Saint-Cyrille-du-lac-Blanc

Fondé en 1397, le monastère devint l'un des plus puissants de Russie, à la fois foyer spirituel, forteresse et prison politique. Boyards disgraciés et dignitaires déchus y furent enfermés derrière les mêmes murs qui protégeaient moines et pèlerins. Ses remparts, parmi les plus imposants du pays, enferment près de douze hectares de cours, d'églises et de jardins au bord du lac Siverskoïe. On y circule librement entre les époques : cathédrale de l'Assomption aux iconostases dorées, celliers voûtés, tours de guet massives. Prévoir de bonnes chaussures : les cours sont vastes et les pavés inégaux. Le musée des icônes, installé dans l'enceinte, présente une collection remarquable d'œuvres des écoles du Nord, sauvées des églises de la région.

Plus loin, les fresques de Dionissi

Certaines escales prolongent la route jusqu'au monastère de Ferapontov, à une vingtaine de kilomètres. Sa petite cathédrale conserve un ensemble de fresques peintes en quelques semaines, à l'été 1502, par le maître Dionissi et ses fils : des bleus et des ors d'une fraîcheur intacte, classés au patrimoine mondial de l'UNESCO. La visite se fait par petits groupes tant les peintures sont précieuses. L'excursion demande plus de temps, mais les amateurs d'art la considèrent comme l'un des sommets de la navigation entre les deux capitales.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
HalteEmbarcadère fluvial du village, sur la rivière Cheksna
Excursion principaleMonastère Saint-Cyrille à Kirillov, environ 10 minutes de route
OptionFresques de Dionissi à Ferapontov, à une vingtaine de kilomètres
Sur placeCouvent de la Résurrection et étals d'artisanat près du quai

Puis le navire s'éloigne doucement entre les rives boisées, et les coupoles disparaissent derrière les bouleaux. Goritsy laisse une impression particulière, faite de silence, d'encens et de lumière du Nord : celle d'une Russie profonde et recueillie, que seuls les voyageurs des fleuves ont le privilège d'approcher ainsi. Beaucoup notent, des années plus tard, que c'est ce petit embarcadère de bois qui leur revient en mémoire, plus encore que les palais des capitales.