Il fut un temps où les bateliers se signaient avant de passer Grein. En aval de la petite ville commence le Strudengau, une gorge où le Danube se resserrait autrefois en tourbillons redoutés de toute l'Europe fluviale. Les remous portaient des noms qui glaçaient les équipages, le Strudel et le Wirbel, et chaque passage se payait parfois d'une cargaison entière. Les pilotes de Grein montaient à bord pour guider les embarcations entre les récifs, moyennant salaire, et la cité vivait de ce péage du danger. Les aménagements du 20e siècle ont apaisé le fleuve, mais le bourg a gardé de cette époque une prospérité discrète et un centre qui se laisse parcourir en douceur.

Un quai au seuil de la vieille ville

Les bateaux de croisière fluviale s'amarrent au petit embarcadère, à quelques pas du centre historique. Aucune navette n'est nécessaire : on descend la passerelle et la place principale apparaît presque aussitôt, bordée de façades aux tons pastel. Grein compte environ 3 000 habitants, et tout s'y fait à pied, à un rythme qui invite à ralentir.

Le plus vieux théâtre municipal d'Autriche

La surprise de Grein se cache dans l'hôtel de ville. En 1791, les bourgeois ont aménagé un théâtre dans l'ancien grenier à grains du bâtiment, et la salle sert encore, dans son état d'origine. C'est le plus ancien théâtre municipal d'Autriche toujours en activité. La salle minuscule, ses loges de bois peint et ses bancs à verrou, que les spectateurs réservaient jadis en apportant leur propre cadenas, composent un témoignage rare de la vie culturelle provinciale du 18e siècle. Des visites guidées permettent d'en franchir les coulisses lorsque aucune représentation n'est prévue.

Greinburg, au-dessus des toits

Sur la colline qui domine les toits se dresse le château de Greinburg, un vaste édifice Renaissance élevé à la fin du 15e siècle. La montée demande un effort modéré, récompensé par la cour à arcades, la salle des chevaliers et une étonnante grotte ornée de galets de la région, la Sala Terrena. Le château abrite aussi le musée de la navigation de Haute-Autriche, qui rappelle le temps des radeaux, des haleurs et des pilotes du Strudengau. Depuis les fenêtres, le regard embrasse le Danube et les collines boisées de la rive opposée.

Repères pratiques

RepèreCe qu'il faut savoir
AccostageEmbarcadère au bord du centre historique, accès à pied
Théâtre municipalAménagé dans l'ancien grenier municipal, sur la Stadtplatz
Château de GreinburgMontée à pied d'une quinzaine de minutes depuis la Stadtplatz
Église paroissialeVoisine des cafés du centre, tour visible de loin

Flâner entre place et rivage

Redescendu du château, on s'attarde sur la grand-place. L'église paroissiale Saint-Gilles veille sur les cafés où les habitants s'attardent devant un gâteau et un mélange viennois; l'après-midi, l'odeur de pâtisserie chaude flotte jusque sous les arcades. Les ruelles qui filent vers le fleuve croisent des maisons anciennes aux portails sculptés. En longeant ensuite la promenade riveraine, on croise les cyclistes de la véloroute du Danube, qui traverse ici l'un de ses plus beaux tronçons, et l'on observe le trafic fluvial actuel, paisible héritier des convois d'autrefois. Les bancs face à l'eau invitent à une pause; le courant, lui, file toujours vers la gorge.

Au moment de remonter à bord, le contraste s'impose de lui-même : votre bateau glissera sans effort dans une gorge que des générations de mariniers ont affrontée la peur au ventre. Grein aura duré le temps d'une matinée ou d'un après-midi, mais cette mesure lui va bien. Certaines escales impressionnent par leur ampleur; celle-ci retient par sa justesse, celle d'une petite ville danubienne qui a apprivoisé son fleuve sans jamais lui tourner le dos.