La chaloupe longe une digue étroite ornée de statues, et déjà Gythion se déploie devant les passagers : un amphithéâtre de maisons néoclassiques aux teintes pastel, étagées entre la mer et la montagne, avec les sommets du Taygète en toile de fond. Ce petit port du Péloponnèse fut jadis le débouché maritime de Sparte. Il en garde le rôle : c'est par lui que les croisiéristes accèdent aujourd'hui à la Laconie, au Magne et aux souvenirs de la Grèce antique.
Le front de mer et ses tavernes
Le débarquement se fait en plein centre. Le long du quai, les cafés et les tavernes alignent leurs chaises paillées sous les balcons de fer forgé, et les poulpes mis à sécher au soleil signalent les cuisines qui travaillent la pêche du jour. Gythion s'explore sans plan : une rue principale, des escaliers qui grimpent entre les maisons vers le haut du bourg, des placettes où les habitants prennent le café. L'atmosphère demeure celle d'une ville de province grecque, vivante par elle-même, où l'escale ajoute un peu d'animation sans rien changer aux habitudes.
Cranaé, l'île d'Hélène et de Pâris
Au bout du front de mer, une chaussée mène à l'îlot de Cranaé, planté de pins. La tradition homérique en fait le refuge où Pâris et Hélène passèrent leur première nuit après leur fuite de Sparte, prélude à la guerre de Troie. On y trouve aujourd'hui un phare du XIXe siècle, une chapelle blanche aux toits rouges et la tour Tzanetakis, une maison forte qui abrite le musée historique et ethnologique du Magne. La promenade autour de l'îlot prend une demi-heure, parfum de résine et vue sur le golfe compris. C'est le but de marche idéal depuis le navire, sans aucun transport.
Sparte et Mystras, à une heure de route
Les excursions partent de Gythion vers l'intérieur des terres. Sparte s'étend à une trentaine de minutes de route, dans une plaine dominée par les crêtes du Taygète. De la cité antique, il reste des vestiges sobres et un musée, mais le nom seul suffit à convoquer les récits de Léonidas et des guerriers lacédémoniens. Tout près, accrochée à sa colline, Mystras offre un spectacle plus tangible : la cité byzantine, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, conserve ses églises aux fresques remarquables, ses monastères et son palais des despotes. La montée à travers les ruelles médiévales compte parmi les grands moments d'une escale dans la région.
Les portes du Magne
Vers le sud s'ouvre le Magne, péninsule austère où les villages hérissés de tours de pierre racontent des siècles de clans et de fiertés familiales. Les excursions y découvrent des paysages rudes, des chapelles byzantines isolées et, sur la côte, les grottes de Dirou, dont les galeries se parcourent en barque sur une rivière souterraine. Ceux qui préfèrent rester au bord de l'eau trouveront au nord de la ville la longue plage de Mavrovouni et ses eaux limpides.
À la table laconienne
Avant de remonter à bord, une table face au quai s'impose. Le poulpe grillé au charbon, les olives de Kalamata, l'huile locale et un verre de vin résiné composent le menu classique du golfe. Les oranges de la plaine laconienne terminent le repas mieux qu'aucun dessert.
Le phare de Cranaé s'allume parfois dans le soir du départ, pendant que le Taygète vire au bleu sombre. Gythion aura offert ce mélange rare : une journée entre les légendes d'Homère, l'or byzantin de Mystras et l'odeur du poulpe grillé. Le voyageur emporte les trois, et l'idée que le Péloponnèse mérite bien plus qu'une seule escale.


