Sur le Spaarne, il arrive que tout s'arrête pour laisser passer un voilier. Le Gravenstenenbrug, un pont levant blanc qui enjambe la rivière depuis le XIXe siècle, se soulève sans bruit, et personne ne s'en impatiente. C'est souvent la première scène qu'observent les passagers des bateaux fluviaux amarrés à quelques mètres de là, face au musée Teylers. Haarlem se présente ainsi : au bord de l'eau, sans hâte, à un quart d'heure de marche d'une place que bien des Néerlandais tiennent pour la plus belle du pays.

Du Spaarne au Grote Markt

Depuis le quai, la Damstraat s'enfonce directement dans le centre historique. Les façades à pignons se resserrent, les vitrines de libraires et de fromagers se succèdent, puis la rue débouche sur le Grote Markt. La place raconte sept siècles d'un seul regard : l'hôtel de ville médiéval d'un côté, l'ancienne halle aux viandes de style Renaissance de l'autre, et partout des terrasses où les habitants s'attardent dès qu'un rayon de soleil paraît. Les jours de marché, les étals de fleurs, de harengs et de fromages de la région occupent le pavé, comme ils le font ici depuis le Moyen Âge.

Saint-Bavon et l'orgue de Mozart

Impossible de traverser la place sans lever les yeux vers l'église Saint-Bavon, dont la flèche domine les toits à une cinquantaine de mètres. À l'intérieur se dresse l'orgue Müller, achevé en 1738 : un mur de tuyaux hauts comme des arbres, que Händel est venu jouer et qu'un certain Mozart, âgé de dix ans, a essayé en 1766. Lorsque l'organiste répète, le son emplit la nef jusqu'aux dalles usées où reposent des générations de Haarlémois, dont le peintre Frans Hals.

Deux musées qui valent le détour

Le musée Teylers, juste en face du quai, est le plus ancien des Pays-Bas : il accueille les curieux depuis 1784. On y circule parmi les fossiles, les instruments scientifiques et les dessins anciens dans des salles restées presque intactes, éclairées par la seule lumière du jour. La salle ovale, avec ses vitrines d'acajou, se grave durablement dans la mémoire. À dix minutes de là, le musée Frans Hals réunit les grands portraits de groupe du Siècle d'or dans un ancien hospice du XVIIe siècle, autour d'un jardin paisible.

Les hofjes, jardins secrets

Haarlem cache une vingtaine de hofjes, ces cours d'anciens hospices entourées de maisonnettes fleuries. Plusieurs portes restent entrouvertes en semaine : il suffit de les pousser doucement pour passer du bruit de la rue au silence d'un jardin. C'est la surprise que réserve la cité à ceux qui prennent le temps de flâner, entre deux canaux, dans les ruelles du quartier de la Zoutsloot.

Repères pour l'escale

RepèreÀ savoir
AmarrageSur le Spaarne, au cœur de la ville, face au musée Teylers
Grote MarktEnviron 10 minutes à pied du quai
Moulin De Adriaan5 minutes le long de la rivière
Amsterdam15 minutes en train, départs fréquents

Le moulin au bord de l'eau

En longeant le Spaarne vers le nord, la silhouette du moulin De Adriaan apparaît au-dessus des toits. Détruit par un incendie en 1932, reconstruit à l'identique en 2002, il veille de nouveau sur la rivière comme au XVIIIe siècle. La promenade jusqu'à sa galerie offre un beau point de vue sur les péniches, les pignons et les clochers. Les amateurs de bière poursuivront jusqu'à la Jopenkerk, une brasserie installée dans une ancienne église, où les cuves de cuivre brillent sous les vitraux.

Avant de remonter à bord

Le retour vers le navire suit naturellement la rivière. Les cloches de Saint-Bavon sonnent au loin, un aviron glisse sur l'eau, le pont levant retombe derrière un dernier voilier. Haarlem n'a rien montré avec insistance; elle a simplement laissé entrevoir ce que serait la vie dans une cité néerlandaise du Siècle d'or restée fidèle à elle-même. C'est précisément ce qui donne envie d'y revenir.