À 70 degrés de latitude nord, la lumière ne se comporte plus comme ailleurs. De la mi-mai à la fin juillet, le soleil refuse de se coucher sur Hammerfest; en hiver, il disparaît deux mois durant et laisse les aurores boréales occuper le ciel. C'est dans ce décor que les navires se glissent entre les îles jusqu'à un amphithéâtre de maisons colorées, posé au bord d'une baie ronde, dans l'une des villes les plus septentrionales de la planète.

Un centre qui se parcourt à pied

La plupart des navires accostent au quai central, à quelques pas de la rue principale; certains utilisent le môle de Fuglenes, à 1,6 kilomètre de là, une distance qui se franchit en vingt minutes de marche le long de la baie. Tout se tient : commerces, cafés, musées et front de mer se concentrent dans un mouchoir de poche. Il n'est pas rare d'y croiser des rennes venus brouter les pelouses municipales en été, indifférents aux passants qui les photographient.

La colonne qui a mesuré la Terre

Sur la pointe de Fuglenes se dresse un monument discret et pourtant inscrit à l'UNESCO : la colonne du Méridien. Elle marque l'extrémité nord de l'arc géodésique de Struve, une chaîne de mesures tendue au XIXe siècle entre la mer Noire et l'Arctique pour calculer la forme exacte de la Terre. La promenade jusqu'à la colonne longe l'eau une dizaine de minutes et offre, en se retournant, une belle vue sur la baie et les montagnes qui l'encadrent.

Une ville deux fois relevée

Hammerfest a besoin qu'on lui raconte son histoire, car presque rien d'ancien n'y subsiste. Le musée de la Reconstruction explique pourquoi : en 1944, l'armée allemande en retraite a incendié la ville entière, comme tout le Finnmark, et les habitants évacués sont revenus rebâtir leur cité planche par planche. Les objets sauvés des flammes, les baraquements des premières années et les témoignages exposés rendent ce passé très concret. On comprend mieux, en sortant, la fierté de cette communauté qui fut aussi, dès 1891, la première d'Europe du Nord à éclairer ses rues à l'électricité.

L'ours polaire en société

Sur le port, la Société royale et ancienne de l'Ours polaire entretient une tradition unique : on ne peut en devenir membre qu'en personne, à Hammerfest même. Son petit musée retrace l'époque des chasseurs arctiques et des expéditions vers le Svalbard. Beaucoup de passagers repartent avec leur certificat d'adhésion, souvenir plus original qu'un aimant de réfrigérateur. Tout près, l'église de 1961 intrigue par sa silhouette triangulaire, inspirée des séchoirs à poisson qui faisaient autrefois vivre la côte.

Le sentier du mont Salen

Derrière le centre, un chemin en lacets grimpe en une vingtaine de minutes au sommet du Salen, la colline qui veille sur la baie. Là-haut, un pavillon de bois coiffé de gazon sert de point d'observation : la ville dessine un croissant autour du port, les îles s'étagent vers le large et, par temps clair, la mer de Barents ferme l'horizon. C'est l'endroit où l'on mesure ce que signifie vivre ici, entre l'océan Arctique et la montagne nue.

Repères pour l'escale

RepèreÀ savoir
Quai centralAu pied du centre, tout à pied
Môle de Fuglenes1,6 km, environ 20 minutes de marche
Colonne du Méridien10 minutes à pied depuis la pointe de Fuglenes
Sommet du Salen20 minutes de montée en lacets

Ce qu'on emporte du bout du monde

Au moment du départ, la ville se réduit vite à une poignée de couleurs entre l'eau grise et la roche. Il en reste pourtant beaucoup : une leçon d'obstination, un certificat orné d'un ours blanc, et cette lumière étrange qui ne ressemble à aucune autre. Hammerfest ne retient pas ses visiteurs; elle les marque.