Un tramway vert et crème traverse des avenues plantées d'arbres, longe six bras de rivière et dépose ses passagers au bord d'un parc où s'élève une coupole de métal nu. Hiroshima s'aborde ainsi, par la vie ordinaire d'une grande cité japonaise, avant que l'histoire ne vous saisisse. Détruite le 6 août 1945 par la première bombe atomique, elle s'est rebâtie en messagère de paix, verte, animée, tournée vers ses rivières et fière de son équipe de baseball, et cette double identité, mémoire et joie de vivre mêlées, donne à l'escale une profondeur que peu de destinations égalent.
Du terminal d'Ujina au centre
Les navires accostent au terminal de croisière d'Ujina ou, pour les plus grands, au quai d'Itsukaichi. Depuis le quai sud, le tramway historique rejoint le cœur urbain en une trentaine de minutes, au tarif de quelques centaines de yens; taxis et navettes des compagnies raccourcissent le trajet. La suite se fait à pied : le noyau historique et commerçant tient dans un périmètre compact entre les bras de l'Ota, ponctué de ponts qui ne servent plus qu'aux joggeurs, aux cyclistes et aux écoliers en uniforme marine, cartables au dos et rires en cascade.
Le parc du Mémorial de la Paix
Sur une pointe entre deux rivières s'étend le parc dédié aux victimes du 6 août. Le dôme de Genbaku, seul bâtiment resté debout près de l'hypocentre, dresse sa carcasse de poutrelles classée au patrimoine mondial. Plus loin, le monument des Enfants disparaît sous les guirlandes de grues en papier pliées par des écoliers du monde entier, en mémoire de la petite Sadako et de ses mille grues inachevées. Le musée expose objets, photographies et témoignages avec une retenue qui bouleverse davantage que tout discours; on en sort silencieux, puis étrangement reconnaissant. Sous les arbres, la cloche de la paix attend les visiteurs : chacun peut la faire tinter d'un coup de bélier de bois, et son timbre grave accompagne longtemps la promenade. La flamme du souvenir, elle, brûlera tant qu'une arme nucléaire subsistera sur la planète.
La cité qui vit, mange et rit
À quelques rues du mémorial, les galeries couvertes de Hondori grouillent de boutiques et de jeunesse. C'est l'endroit rêvé pour attaquer la spécialité locale : l'okonomiyaki à la mode d'ici, crêpe étagée de chou, de nouilles et de porc saisie sur une plaque brûlante, servie à même le comptoir dans des dizaines d'établissements superposés. Le jardin Shukkei-en, miniature de paysages autour d'un étang enjambé de ponts de pierre, offre ensuite une pause verte appréciée des carpes comme des visiteurs, à deux pas du château reconstruit dont le donjon abrite un musée d'histoire locale et une plateforme d'observation.
Miyajima, le torii sur la mer
Depuis le terminal d'Ujina, une vedette rapide atteint en une vingtaine de minutes l'île sacrée de Miyajima, où le sanctuaire d'Itsukushima et son grand torii vermillon semblent flotter à marée haute. Daims en liberté, allées de pèlerinage, momiji frits, petits gâteaux fourrés en forme de feuille d'érable, et huîtres grillées complètent l'une des excursions les plus aimées du Japon; une demi-journée y suffit, montée en téléphérique du mont Misen en option pour les plus curieux.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
|---|---|
| Accostage | Terminal d'Ujina (tramway vers le centre) ou quai d'Itsukaichi |
| Mémorial de la Paix | Environ une demi-heure de tramway depuis le quai |
| Miyajima | Vedette rapide, environ 20 minutes |
On repart de Hiroshima étrangement apaisé. La ville ne cultive ni la colère ni l'oubli : elle plante des arbres, plie des grues de papier et fait griller son chou sur des plaques fumantes, comme pour prouver chaque jour que la vie a eu le dernier mot. C'est une leçon qu'aucun passager n'oublie en remontant à bord.


