Bien avant les amarres, c'est une montagne qui annonce Hobart. Le kunanyi/mont Wellington, 1271 mètres, veille sur la capitale de la Tasmanie et change de visage selon l'heure : nappé de brume au matin, parfois saupoudré de neige en plein été austral. Le navire remonte lentement l'estuaire de la Derwent, aux eaux sombres et profondes, puis s'amarre au quai Macquarie, à moins d'un kilomètre du cœur de la ville. Une quinzaine de minutes de marche suffisent pour rejoindre les premières rues, sans navette ni transfert.

Un front de mer façonné par la mer du Sud

Fondée en 1804, Hobart compte parmi les plus anciennes villes d'Australie, et son bassin portuaire en garde la mémoire. Autour de Constitution Dock, les bateaux de pêche côtoient les voiliers, et les comptoirs flottants servent du poisson frit qu'on mange face à l'eau, entouré de goélands opportunistes. Sur Hunter Street, juste en face du terminal, d'anciens entrepôts géorgiens abritent aujourd'hui une école d'art et quelques galeries. L'ensemble se parcourt sans plan : il suffit de longer les bassins.

Salamanca Place et Battery Point

En poursuivant le long de l'eau, on atteint Salamanca Place, une rangée d'entrepôts de grès doré construits dans les années 1830 pour le commerce de la laine et de l'huile de baleine. Galeries, ateliers d'artisans, librairies et cafés en occupent désormais les voûtes. Le samedi, un vaste marché en plein air prend possession de l'esplanade : produits de l'île, bois ouvragé, miel de leatherwood, lavande. Derrière Salamanca, les Kelly's Steps grimpent vers Battery Point, l'ancien quartier des marins. Ses cottages serrés, ses jardins débordants et la petite place circulaire d'Arthur Circus composent un village dans la ville, resté étonnamment intact.

Deux musées, deux mondes

À quelques pas du terminal, le Tasmanian Museum and Art Gallery raconte l'île entière : faune disparue, dont le tigre de Tasmanie, art colonial et culture aborigène, le tout à entrée libre. Tout près, la réplique des cabanes de l'expédition antarctique de Douglas Mawson rappelle que Hobart demeure l'un des grands ports de départ vers le continent blanc : les brise-glaces font toujours relâche dans la Derwent. L'autre grand musée de la capitale tasmanienne exige une petite traversée. Le MONA, musée d'art ancien et contemporain enfoui dans une falaise de grès en amont de la Derwent, se rejoint en une demi-heure de catamaran rapide depuis le Brooke Street Pier. La collection, provocante et déroutante, ne laisse personne indifférent; les billets partent vite les jours d'escale, mieux vaut réserver.

La montagne, si le ciel le permet

Par temps dégagé, la route qui serpente jusqu'au sommet du kunanyi/mont Wellington offre l'un des grands panoramas d'Australie : la ville en contrebas, l'estuaire qui s'élargit vers la mer de Tasman, et derrière, des crêtes sauvages à perte de vue. Comptez environ une demi-heure de route depuis le centre, et prévoyez un vêtement chaud : il peut faire dix degrés de moins là-haut, avec un vent mordant même en janvier.

Repères pour l'escale

DestinationAccès depuis le quai
Centre-ville et Constitution Dock10 à 15 minutes à pied
Salamanca Place et Battery Point15 à 20 minutes à pied
MONA30 min de catamaran depuis Brooke Street Pier
Sommet du kunanyi/mont WellingtonEnviron 21 km, 30 min de route

Le dernier regard

En fin de journée, la lumière australe s'attarde sur les façades de grès et dore les coques amarrées à Constitution Dock. On revient vers le navire en longeant les mêmes bassins qu'au matin, mais le regard a changé : on connaît maintenant le nom de la montagne, le goût du poisson frit mangé face à l'eau et le silence des ruelles de Battery Point. Hobart se donne en une escale, mais laisse deviner tout ce qu'une île entière garde en réserve : côtes découpées, villages de pierre, vergers et routes vides. Beaucoup de voyageurs redescendent la passerelle en se promettant d'y revenir par la terre, plus longuement.