Les navigateurs polynésiens l'appelaient l'île de la femme, et ses collines dessinent, dit-on, le profil d'une femme enceinte allongée face au ciel. Huahine reste la plus discrète des îles de la Société : moins fréquentée que Bora Bora ou Moorea, plus agricole, plus silencieuse. Point de passerelle ni de terminal ici : les navires jettent l'ancre dans le lagon, le plus souvent devant le village de Fare, et les canots de transbordement déposent les passagers sur un quai où la vie insulaire suit son cours, à peine troublée par l'escale.
Fare, un chef-lieu grand comme un village
Deux rues, un front de mer ombragé, des commerces généraux où l'on trouve aussi bien des hameçons que des pareos : le bourg se laisse apprivoiser en une demi-heure. Les voiliers de passage mouillent devant la plage, les pêcheurs vendent leur prise au retour du récif, et les roulottes servent poisson cru au lait de coco et chow mein à des tables partagées où les conversations se nouent d'elles-mêmes. Vers l'ouest, le regard porte jusqu'aux silhouettes de Raiatea et de Tahaa, posées sur l'horizon; les couchers de soleil, ici, ont des témoins fidèles. C'est le meilleur endroit pour prendre le pouls des lieux avant d'aller plus loin.
Maeva, le berceau des chefs
À une dizaine de minutes de route de Fare, le site de Maeva rassemble l'une des plus fortes concentrations de vestiges archéologiques de Polynésie française : des dizaines de marae, ces plateformes cérémonielles de pierre, s'étagent entre le bord du lac Fauna Nui et la colline sacrée qui le domine. Les grandes familles de chefs y résidaient côte à côte, fait rare dans le Pacifique. Des pièges à poissons en pierre, toujours utilisés, dessinent leurs V dans le chenal. Un sentier relie les principaux vestiges sous les arbres, et un petit espace muséal aide à lire ce paysage sacré. Venir tôt, quand la lumière rase l'eau du lac et que les pierres n'ont pas encore chauffé, ajoute beaucoup à la force du lieu.
Vanille, anguilles et panoramas
Le tour complet, en excursion ou en voiture de location, révèle une Polynésie agricole : plantations de vanille sous ombrières, champs de melons et de pastèques, vergers de pamplemoussiers. Au village de Faie, des anguilles d'eau douce aux étonnants yeux bleus, considérées comme sacrées, se laissent nourrir dans la rivière. La route grimpe ensuite vers un belvédère dominant la baie de Maroe, bras de mer qui sépare Huahine Nui et Huahine Iti, reliées par un pont.
Le lagon
Tout autour, le lagon décline tous les bleus, bordé de motu où les excursions font halte pour la baignade et le pique-nique. Les jardins de corail près du récif se prêtent à l'apnée, et les sorties en bateau croisent raies et requins de récif inoffensifs. La plage publique au sud du village, accessible à pied, suffit à ceux qui préfèrent rester près du quai avec masque et tuba, un fruit frais à portée de main.
Pour organiser la journée
- Mouillage devant Fare (parfois en baie de Maroe); transbordement en canots, une dizaine de minutes.
- Site de Maeva : environ 7 km du débarcadère.
- Tour complet : environ 60 km, une demi-journée en excursion.
- Monnaie : le franc pacifique; quelques commerces acceptent la carte, prévoir du comptant pour les roulottes.
À la dernière rotation du canot
Une fois remonté à bord, on regarde l'île reprendre sa forme de silhouette endormie sur l'horizon. On repense aux pierres de Maeva sous leurs arbres, aux gousses de vanille alignées, aux yeux pâles des anguilles dans l'eau claire. Huahine ne cherche pas à séduire; elle continue simplement de vivre comme avant, et c'est exactement pour cela qu'on s'en souvient.


