Un souffle monte de l'eau, colonne de vapeur blanche aussitôt dispersée par le vent. Sur le quai, les jumelles se lèvent toutes en même temps : une baleine à bosse vient de faire surface dans la baie de Skjálfandi. Bienvenue à Húsavík, sur la côte nord de l'Islande, le village que l'on surnomme la capitale islandaise de l'observation des baleines. Peu d'escales tiennent leur promesse avec autant de constance.
Un quai posé au centre du bourg
Tout, ici, se joue autour du bassin portuaire. Le grand quai Bökugarður reçoit les navires jusqu'à 220 mètres ; les plus gros mouillent au large et débarquent leurs passagers en chaloupe, directement devant les premières maisons. La rue principale commence à une centaine de mètres, l'église à trois minutes, et les bateaux d'observation partent du vieux bassin voisin, à moins de dix minutes de marche. Une escale sans autobus ni logistique : on descend, et l'essentiel est là.
Les géantes de Skjálfandi
Les sorties en mer, à bord de chaloupes rapides ou de vieux chalutiers de chêne reconvertis, constituent le cœur de l'escale depuis 1995, année des premières excursions commerciales d'observation au pays. Baleines à bosse et petits rorquals fréquentent assidûment Skjálfandi, escortés de dauphins à bec blanc ; en juin et juillet, il arrive que la baleine bleue elle-même, le plus grand animal de la planète, croise dans ces eaux froides nourries par les glaciers de l'intérieur. Les capitaines locaux en connaissent chaque humeur, et les montagnes enneigées tout autour donnent aux sorties un décor de bout du monde. Comptez généralement deux à trois heures par excursion, ce qui s'insère sans mal dans une journée d'escale.
Musées et église de bois
À terre, le Musée de la baleine prolonge naturellement la sortie en mer : squelettes suspendus, dont celui d'un rorqual bleu, et salles consacrées à la biologie des cétacés et à l'histoire de la chasse, racontée sans complaisance. À deux pas, l'église Húsavíkurkirkja, élevée en 1907 en bois norvégien, dresse sa silhouette rouge et blanche devenue l'emblème du village. Les curieux pousseront jusqu'au Musée de l'exploration, qui rappelle un épisode méconnu : les astronautes du programme Apollo sont venus s'entraîner dans les champs de lave islandais avant d'aller marcher sur la Lune.
Se baigner face à la baie
Sur la falaise au sud du port, les bains géothermiques GeoSea offrent l'une des plus belles conclusions d'escale qui soient : des bassins d'eau de mer chauffée par la terre, débordant en apparence directement dans l'océan. On s'y glisse à une quinzaine de minutes de marche du quai, le regard posé sur la baie où soufflent les baleines et, par temps clair, sur les sommets qui ferment l'horizon. L'eau chaude, le vent froid, le cri des sternes : l'Islande tient dans ce contraste.
Se repérer en un clin d'œil
- Sorties d'observation des baleines : départ du vieux bassin, à quelques minutes à pied.
- Musée de la baleine et église de 1907 : au centre, à trois minutes à pied.
- Bains GeoSea : à environ 15 minutes de marche, vers le sud.
- Excursions terrestres possibles vers le lac Mývatn et les chutes Goðafoss.
Le souffle qu'on emporte
Certains passagers descendent à terre pour cocher un animal sur une liste. Ils remontent à bord avec autre chose : le souvenir d'une queue immense levée sans bruit au-dessus de l'eau grise, et d'un village qui a bâti sa vie nouvelle sur le respect de ses géantes. Húsavík ne retient personne longtemps ; elle accompagne longtemps. Le souffle aperçu dans la baie de Skjálfandi ressurgit dans la mémoire bien après que la côte islandaise a disparu derrière la poupe.


