Au sud de la Nouvelle-Zélande, bien après la dernière ferme et le dernier phare, la mer devient immense et le vent prend toute la place. C'est dans ces latitudes que surgit Campbell Island, la plus méridionale des îles subantarctiques néo-zélandaises, où quelques navires d'expédition jettent l'ancre chaque été austral dans l'abri de Perseverance Harbour.

Un sanctuaire au bout du monde

Aucun quai, aucun village, aucun habitant permanent : l'île est une réserve naturelle strictement protégée, et l'on y débarque en zodiac, encadré par les guides naturalistes du bord. Ce statut explique la richesse du lieu. Débarrassée des espèces introduites après des décennies d'efforts, l'île est redevenue le royaume des oiseaux marins, et chaque visite est réglée pour ne laisser aucune trace.

Le fjord de Perseverance Harbour entaille profondément la côte. Depuis le pont, on détaille des collines rousses couvertes de tussac, des pentes balayées par les rafales et, souvent, un ciel qui change trois fois en une heure. La météo décide de tout ici; les passagers l'apprennent vite et savourent chaque éclaircie comme un cadeau.

La promenade de Col Lyall

Le débarquement principal mène à la promenade de bois de Col Lyall, un aller-retour d'environ six kilomètres qui grimpe doucement vers un col ouvert sur l'océan. Le trottoir de bois protège une végétation extraordinaire : les mégaherbes, ces plantes géantes aux feuilles larges et aux floraisons spectaculaires qui n'existent que sous ces latitudes. Puis vient la récompense, posée parfois à quelques mètres du sentier : l'albatros royal du Sud, couvant dans les herbes hautes. Voir l'un des plus grands oiseaux volants du monde ouvrir ses ailes dans le vent demeure, pour beaucoup de voyageurs, le sommet de toute la croisière.

Dans le fjord, en zodiac

Quand la houle le permet, les embarcations explorent les rives de Perseverance Harbour. On y cherche la sarcelle de Campbell, un petit canard incapable de voler qui compte parmi les plus rares du monde, sauvé de justesse par un programme de réintroduction. Les cormorans de Campbell nichent sur les corniches, et les lions de mer de Nouvelle-Zélande surgissent près des tubes pneumatiques, curieux et joueurs. Les plus en forme peuvent, selon les expéditions, tenter l'ascension du mont Honey, point culminant de l'île à 569 mètres, ou la longue traversée vers Northwest Bay.

ActivitéDurée approximativeExigence
Promenade de Col Lyall3 h à 4 hModérée
Sortie en zodiac dans le fjord1 h à 2 hFaible
Mont Honey (569 m)JournéeSoutenue

S'équiper pour le grand Sud

La visite exige un minimum de préparation. Plusieurs couches de vêtements, un imperméable sérieux, des bottes hautes fournies ou exigées par le bord : rien n'est superflu quand un grain de grésil succède à un rayon de soleil en dix minutes. Les photographes protègent leur matériel dans des sacs étanches et gardent une batterie au chaud, car le froid humide épuise tout. Quant aux jumelles, elles passent de main en main du matin au soir.

Une histoire d'hommes aussi

L'île garde la mémoire de chasseurs de phoques, de fermiers têtus qui y élevèrent des moutons, et de scientifiques venus observer le passage de Vénus en 1874 puis relever la météo pendant des décennies. Ces traces modestes, évoquées par les guides, rappellent que l'être humain n'a jamais fait que passer ici, et que l'île appartient d'abord à ses oiseaux.

Il faut accepter les règles du lieu : bottes désinfectées, poches vidées de toute graine, distance respectueuse avec la faune. En échange, l'île offre ce que peu d'escales peuvent encore promettre : un face-à-face silencieux avec un monde antérieur à nous. Longtemps après le retour, quand le vent se lève quelque part, certains voyageurs referment les yeux et revoient un albatros immobile au-dessus du col, porté par l'air du grand Sud.