L'étrave du bateau touche doucement le sable, une vague pousse la coque, et vous voilà débarqué à la manière des naturalistes : les pieds dans l'eau tiède, face à une plage où aucune jetée ne vient troubler la ligne du rivage. Cousin, minuscule île granitique posée à 2 km au large de Praslin, ne se laisse aborder qu'ainsi. Depuis plus d'un demi-siècle, elle appartient aux oiseaux, aux tortues et à ceux qui les protègent.

Une île rendue à la nature

En 1968, le Conseil international pour la protection des oiseaux, devenu BirdLife International, achète l'île entière pour sauver l'un des derniers refuges de la rousserolle des Seychelles, alors au bord de l'extinction. Le refuge devient ainsi la première réserve insulaire au monde acquise par une organisation internationale. L'ancienne plantation de cocotiers a depuis retrouvé sa forêt d'origine, et la petite rousserolle, elle, se porte bien : vous l'entendrez chanter dans les branches tout au long de la visite.

Trois cent mille battements d'ailes

La réserve accueille environ 300 000 oiseaux de mer. Les phaétons à queue blanche nichent à même le sol, entre les racines, à quelques pas du sentier. Les noddis et les sternes occupent les arbres, les puffins creusent leurs terriers, et la pie chanteuse des Seychelles, réintroduite ici, sautille sans crainte devant les visiteurs. Les guides de la réserve, qui accompagnent chaque groupe pendant environ 90 minutes, connaissent les nids du moment et racontent le travail de conservation avec une passion communicative. Des tortues géantes d'Aldabra croisent parfois le sentier, imperturbables.

Le rivage des imbriquées

Cousin est aussi le site de ponte le plus important de la tortue imbriquée dans tout l'ouest de l'océan Indien. Selon la saison, les traces larges laissées dans le sable témoignent des montées nocturnes, et il arrive qu'une ponte se déroule en plein jour, sous les yeux des visiteurs tenus à distance respectueuse. La plage, elle, reste exactement ce qu'elle était avant l'arrivée des humains dans l'archipel : du sable clair, des rochers de granit patinés, et la mer.

Une visite courte et encadrée

L'île se découvre uniquement en visite guidée, les matins de semaine, entre 9 h 45 et 12 h 30. Le circuit forme une boucle facile à travers la forêt et le long du rivage; de bonnes sandales suffisent. Prévoyez de l'eau, un chapeau et l'appareil photo à portée de main : les occasions se présentent sans prévenir. Les navires d'expédition organisent le transbordement, avec ce débarquement sur la plage qui fait partie du plaisir. Il n'y a ni boutique ni café : on vient ici pour observer, photographier et comprendre.

Pourquoi les visites sont-elles si courtes ?

Tout, ici, est pensé pour limiter le dérangement. Les groupes restent restreints, les horaires se concentrent sur les matinées, et les recettes des visites financent directement la surveillance de la réserve et les programmes scientifiques. Les visiteurs deviennent ainsi, sans effort particulier, des contributeurs de la conservation : une formule dont Cousin fut pionnière et qui inspire aujourd'hui des réserves un peu partout dans le monde.

L'essentiel en un coup d'œil

ÉlémentDétail
AccèsDébarquement à même le sable, sans jetée
SituationÀ 2 km de Praslin
VisiteGuidée, environ 90 minutes, matinées de semaine
À observerOiseaux de mer, rousserolle des Seychelles, tortues géantes, site de ponte des imbriquées
ServicesAucun commerce sur l'île

En quittant l'île

Au moment de remonter dans l'embarcation, on jette un dernier regard vers la forêt d'où monte le cri des sternes. Cousin prouve qu'une île entière peut être rendue à ses premiers habitants, et qu'un demi-siècle suffit pour réparer beaucoup. On repart avec ses photos, bien sûr, mais surtout avec une idée neuve de ce que « protéger » veut dire.