Un château sort littéralement de la mer au milieu de la baie. Posé sur son îlot rocheux, Kisimul semble flotter devant le village de Castlebay, et c'est en le contournant que les annexes déposent les passagers au quai, à cinq minutes de marche des premières maisons. Bienvenue à Barra, à la pointe sud des Hébrides extérieures : une île gaélique de plages blanches, de collines rases et de communautés soudées, où chaque escale prend des airs de visite chez des amis.
Le village s'étire le long du rivage, dominé par la masse sombre de Heaval, la plus haute colline de l'île. Épicerie, bureau de poste, quelques cafés : tout l'essentiel tient le long d'une seule rue, et les insulaires saluent volontiers les nouveaux venus. Les jours d'escale, les cafés sortent quelques tables, et l'odeur des fruits de mer grillés se mêle à celle du varech. L'anglais s'y parle avec la musique du gaélique, toujours bien vivant dans les écoles, les offices et les chansons.
Kisimul, la forteresse des MacNeil
Le château constitue naturellement la première curiosité. Siège du clan MacNeil depuis le Moyen Âge, la forteresse doit son emplacement à une évidence stratégique : entourée d'eau de toutes parts, elle ne craignait ni assaut terrestre ni siège prolongé, ses citernes et son puits assurant l'autonomie de la garnison. Selon les périodes, l'accès à l'îlot dépend des travaux de conservation en cours ; même observé depuis le rivage, l'ensemble crénelé compose avec les barques de la baie l'une des images fortes des Hébrides. Les MacNeil, dispersés par l'émigration jusqu'au Canada et aux États-Unis, reviennent régulièrement saluer le berceau du clan.
Monter vers la Madone de Heaval
Les marcheurs en quête d'un point de vue grimperont sur les pentes de Heaval, au-dessus du village. À mi-hauteur veille une statue blanche de la Vierge à l'Enfant, rappel de la foi catholique restée majoritaire sur l'île, fait rare en Écosse. De là-haut, le regard porte sur la baie, le château et le chapelet d'îles qui s'égrène vers le sud. L'église Notre-Dame-de-la-Mer, dans le village, prolonge cette histoire spirituelle avec sa pierre grise face aux flots.
Vatersay et les plages jumelles
Une chaussée relie Barra à sa petite voisine Vatersay, l'île habitée la plus méridionale de l'archipel. Sur son isthme, deux plages se tournent le dos : Traigh Shiar face au couchant, Traigh a Bhaigh côté levant, deux courbes de sable clair posées sur une eau turquoise qui ferait douter de la latitude. Quelques minutes de route suffisent pour ce dépaysement total, où l'on marche souvent seul entre dunes et fleurs de machair, cette prairie côtière que le vent peigne sans relâche. Les moutons y tiennent lieu de seuls promeneurs réguliers.
Un aéroport sur la plage
Barra détient enfin une singularité mondiale : son aéroport utilise la grande plage cockleuse de Traigh Mhor comme piste, et les horaires des vols suivent celui des marées. Voir un petit avion se poser sur le sable mouillé, entre les cueilleurs de coques et les oiseaux de mer, reste un spectacle dont les insulaires eux-mêmes ne se lassent pas. La petite aérogare fait aussi office de café, et l'on y attend l'avion en regardant la marée redessiner la piste. L'endroit se trouve au nord de l'île, accessible en taxi ou en excursion organisée.
Au moment de rembarquer, Kisimul rétrécit doucement dans le sillage des annexes, sentinelle immuable de sa baie. Barra ne se raconte pas en monuments : elle se vit en rencontres, en sable sous les semelles et en refrains gaéliques. Ceux qui l'ont abordée un jour de lumière gardent longtemps l'envie d'y revenir jeter l'ancre.


