Une passerelle de bois enjambe l'eau claire entre deux rives de forêt : d'un côté l'îlot de Bom Bom, de l'autre la pointe nord de Príncipe, la plus discrète des deux îles de São Tomé-et-Príncipe. Les navires d'expédition qui s'aventurent dans ce coin du golfe de Guinée y trouvent une escale confidentielle, où la nature occupe toute la scène. Ici, pas de terminal ni de front de mer : des chaloupes, une plage, et le chant continu de la forêt.

Un îlot dans une réserve de biosphère

Príncipe tout entière est classée réserve de biosphère par l'UNESCO, et Bom Bom en constitue l'un des seuils les plus accessibles. L'îlot, relié à l'île principale par sa longue passerelle sur pilotis, est bordé de deux plages de sable doré qui se tournent le dos, chacune ourlée d'une eau limpide ; le sable, fin et tiède, descend en pente douce, et l'on nage au milieu de reflets qui changent avec les nuages. Entre les deux, quelques toits de palmes se fondent sous les arbres ; le reste appartient aux oiseaux, aux crabes et au vent tiède.

Masque, tuba et poissons-perroquets

Les eaux qui entourent l'îlot comptent parmi les plus claires du golfe de Guinée, et la mise à l'eau se fait directement depuis la grève, sans bateau ni détour. Palmes aux pieds, on survole des massifs coralliens où circulent les poissons-perroquets et une foule d'espèces tropicales ; les plongeurs équipés explorent des fonds plus profonds, encore peu fréquentés, dans une visibilité souvent remarquable. Selon la saison, des sorties en pirogue au large permettent d'apercevoir le souffle des baleines qui longent l'archipel. La mer, ici, n'a rien d'un décor : elle est le spectacle principal.

Sous la canopée voisine

De l'autre côté de la passerelle, des marches guidées s'enfoncent dans la forêt de l'île principale. Sous la voûte des grands arbres, les guides désignent les oiseaux endémiques qui attirent ici les ornithologues du monde entier, ainsi que les plantes dont les habitants tirent remèdes et matériaux. L'humidité porte les odeurs de terre et de fleurs ; les rayons qui percent le feuillage éclairent un monde végétal d'une densité rare, où chaque tronc porte son jardin de mousses et d'épiphytes. On marche lentement, on s'arrête souvent, et c'est très bien ainsi.

La mémoire des plantations

Certaines sorties rejoignent d'anciennes roças, ces domaines agricoles du temps colonial où se cultivait le cacao qui fit la fortune de l'archipel. Bâtiments patinés, séchoirs à cacao, allées de palmiers plantées au cordeau : ces lieux chargés d'histoire, parfois encore habités, racontent une page complexe du passé de l'archipel et la vie qui s'y réinvente aujourd'hui, entre agriculture renaissante et accueil des voyageurs de passage. La visite, menée avec respect, donne une profondeur humaine à une escale autrement toute en nature.

Le luxe du silence

Ce que Bom Bom offre de plus précieux ne figure sur aucun programme : du temps. Le temps d'une baignade sans personne à l'horizon, d'une sieste à l'ombre, d'une marche pieds nus le long de l'eau tiède, en comptant les crabes qui détalent. L'archipel demeure à l'écart des grandes routes maritimes, et cette rareté se ressent dans chaque heure passée à terre ; même les conversations entre passagers baissent d'un ton, comme pour ne pas déranger.

Emporter un peu de vert

Quand les chaloupes ramènent les passagers vers le navire, la passerelle de bois rétrécit contre le fond de forêt, et la grande île redevient cette tache verte que peu de voyageurs sauront placer sur une carte. C'est le privilège des escales confidentielles : elles ne se racontent pas, elles se confient. On garde celle-ci pour les conversations qui comptent, avec ceux qui sauront comprendre.