Maio est l'île que le Cap-Vert a gardée pour lui. Pendant que ses voisines accueillent les grands complexes hôteliers, elle continue de vivre au rythme des pêcheurs, des ânes et des salines. Les navires qui y font halte, encore peu nombreux, découvrent une escale d'une simplicité désarmante, où tout se joue autour d'une place, d'un fort et d'un rivage clair.
Porto Inglês, le bien nommé
La halte se fait à Vila do Maio, que tout le monde ici appelle Porto Inglês, sur la côte sud-ouest. Le nom, « port anglais », rappelle l'époque où les navires britanniques venaient charger le sel de l'île. Selon les conditions et la taille du navire, les passagers débarquent au môle ou par annexe; dans les deux cas, la ville s'ouvre immédiatement, groupée autour de son église et de ses maisons aux teintes pastel. Pas de terminal ni de file de taxis : quelques conducteurs attendent près du débarcadère, et tout se règle d'une poignée de main.
L'or blanc de Maio
Le sel a fait vivre l'île pendant des siècles, au point d'être surnommé l'or blanc par ceux qui en tiraient fortune. Aux abords de la ville s'étend la saline de Porto Inglês, la plus vaste du Cap-Vert : bassins miroitants, croûtes blanches, tas prêts pour la récolte. La promenade y est facile et la lumière, saisissante en fin de journée. Les amateurs d'oiseaux y trouvent aussi leur compte, car les limicoles migrateurs font halte dans ces eaux peu profondes au fil des saisons.
Fort, église et phare
Le patrimoine de la petite capitale insulaire se visite en une heure tranquille. Le petit fort de São José, élevé pour décourager les pirates qui convoitaient le sel, veille toujours sur la rade depuis son promontoire. L'église Matriz, blanche et sobre, domine la place principale où les habitants se retrouvent à l'ombre. Un phare complète ce trio maritime, rappel des liens anciens entre l'île et les routes de l'Atlantique.
Des plages pour soi
De part et d'autre de la ville s'étirent de longues plages de sable clair, souvent désertes en semaine. L'eau turquoise invite à la baignade, en restant attentif aux courants là où aucune surveillance n'existe. Le sable garde souvent les seules traces de pas de la matinée : les vôtres. Ceux qui souhaitent aller plus loin peuvent négocier une course en taxi vers les villages de l'intérieur, où dunes, acacias et champs de maïs composent un paysage sahélien inattendu en plein océan.
Une journée au ralenti
Il faut accepter le tempo local pour apprécier la halte. Les commerces ouvrent quand ils ouvrent, les conversations prennent le temps qu'elles prennent, et personne ne presse personne. Ce rythme, déroutant au premier abord, devient vite le principal souvenir : on s'assoit à une terrasse avec un café ou un jus de tamarin, on regarde les pêcheurs réparer leurs filets, on échange trois mots de créole appris sur le pouce. Même les chiens de la place semblent avoir adopté cette philosophie, allongés à l'ombre sans intention d'en bouger. Les voyageurs qui courent après les attractions repartiront perplexes; ceux qui savent s'asseoir repartiront conquis.
Petits repères pratiques
- Prévoir des espèces : les cartes bancaires sont rarement acceptées dans les commerces.
- Garder une bonne marge pour le retour à bord, les moyens de transport étant limités.
- Emporter chapeau, eau et protection solaire : l'ombre est rare autour des salines.
Une fois les amarres larguées, Vila do Maio retourne à ses filets et à ses bassins de sel, comme si rien ne s'était passé. C'est peut-être cela, le luxe discret de l'endroit : une escale qui ne joue aucun rôle, et qui reste en mémoire précisément pour cette raison.


