Une baie en croissant de trois kilomètres, une promenade victorienne bordée d'hôtels aux façades pastel, et sur les rails qui la longent, un tramway tiré par des chevaux comme il n'en existe presque plus au monde. Douglas accueille ses visiteurs avec un décor de station balnéaire du 19e siècle resté étonnamment vivant. Les navires jettent l'ancre dans la baie et débarquent leurs passagers en annexe près du centre, à quelques pas de cette promenade qui résume à elle seule l'île de Man : un territoire autonome de la Couronne britannique, ni anglais ni écossais, fier de ses particularités jusque dans ses timbres et ses billets de banque.
Douglas au pas des chevaux
Depuis 1876, les trams hippomobiles parcourent la promenade d'un bout à l'autre, entre le terminal des traversiers et la gare du chemin de fer électrique. Monter à bord coûte peu et donne le ton de la journée : ici, on se déplace comme il y a un siècle, par choix et par fierté. À deux pas, le Manx Museum raconte dix mille ans d'histoire insulaire, des pierres vikings aux légendes du Tourist Trophy, la course de motos qui embrase le territoire chaque année depuis 1907. L'entrée est libre, et une heure y passe vite.
Des trains d'un autre siècle
Peu d'endroits en Europe ont conservé un réseau ferroviaire patrimonial aussi complet, toujours en service régulier. Trois lignes historiques partent de Douglas ou s'y connectent, et chacune peut occuper une demi-journée d'escale.
| Ligne | Trajet | Particularité |
|---|---|---|
| Chemin de fer à vapeur | De la capitale vers Port Erin, au sud | Locomotives victoriennes d'origine |
| Manx Electric Railway | Douglas vers Laxey et Ramsey, au nord | Voitures électriques de 1893 |
| Snaefell Mountain Railway | Laxey vers le sommet du Snaefell | Seul train de montagne électrique des îles Britanniques |
La combinaison la plus prisée des croisiéristes relie la capitale à Laxey en tram électrique, environ 25 minutes le long des falaises, puis grimpe en une demi-heure jusqu'au Snaefell, à 620 mètres. Par temps clair, le panorama embrasse, dit-on, six royaumes : l'île de Man, l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande, le pays de Galles et celui des cieux.
Laxey et sa grande roue
Dans le village même, un détour s'impose vers la Lady Isabella, la plus grande roue hydraulique en activité au monde. Ses 22 mètres de diamètre peints en rouge tournent depuis 1854, époque où elle pompait l'eau des mines de plomb et de zinc. Les plus braves gravissent l'escalier en colimaçon jusqu'au sommet de la structure pour saisir l'ampleur de la vallée minière, aujourd'hui rendue aux fougères et aux sentiers.
Peel, la rivale de l'ouest
De l'autre côté de l'île, à une trentaine de minutes de route de la capitale, Peel mérite le déplacement pour son château de grès rouge posé sur l'îlot St Patrick, relié au bourg par une chaussée. Les remparts enferment mille ans d'histoire, des moines celtes aux rois vikings de Man. Le village de pêcheurs qui lui fait face embaume le hareng fumé : les kippers de Peel se préparent ici selon des méthodes inchangées, et quelques fumoirs se visitent. C'est aussi à Peel que siège la Maison de Manannan, un musée interactif consacré aux racines celtiques et maritimes mannoises.
Un royaume en miniature
On trouve ici le plus ancien parlement en activité continue au monde, le Tynwald, réuni sans interruption depuis plus de mille ans. Ce détail dit tout : sur ce territoire de 85 000 habitants, l'histoire n'est pas un décor, elle continue. Les passagers qui remontent à bord après une journée de trams centenaires, de roues géantes et de châteaux venteux emportent l'image d'un royaume en miniature qui a trouvé le moyen de rester lui-même, à mi-chemin entre quatre nations et à bonne distance de leur agitation.


