La cathédrale St Paul de Londres, le palais de Buckingham, la Banque d'Angleterre : tous doivent leur pierre claire à un bloc de calcaire de six kilomètres posé dans la Manche, relié au Dorset par un cordon de galets. L'île de Portland se visite comme on feuillette un livre de géologie et d'histoire navale, et son port en eau profonde, l'un des plus vastes ports artificiels du monde, accueille les navires de croisière à quai, sans transbordement. Bienvenue sur la côte jurassique, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

S'orienter depuis le quai

Le terminal se trouve dans une zone portuaire active ; des navettes relient généralement les navires à la sortie du port, puis à Weymouth, la station balnéaire voisine, à une quinzaine de minutes de route. De là, chacun compose son escale : cap au sud vers les paysages minéraux de la pointe, ou cap au nord vers les plages et l'ambiance rétro de Weymouth. Les distances restent courtes, autobus et taxis facilitent les allers-retours, et les excursions organisées poussent souvent plus loin, vers la Porte de Durdle Door ou la baie de Lulworth.

Portland Bill, la fin des terres

Tout au bout de l'île, la pointe de Portland Bill avance dans la Manche face à un courant redouté des marins, le Portland Race. Le phare rayé de rouge et de blanc, mis en service en 1906, se visite : 153 marches mènent à la lanterne et à une vue qui court sur toute la côte jurassique. Un centre d'interprétation retrace la vie des gardiens et les naufrages qui ont jalonné ces parages. Le vent souffle presque toujours sur le plateau, ajoutant au sentiment de bout du monde qui règne entre les cabanes de pêcheurs et les anciennes carrières.

La pierre qui a bâti Londres

Car cette terre est d'abord une carrière à ciel ouvert exploitée depuis des siècles. Après le grand incendie de Londres en 1666, l'architecte Christopher Wren choisit ce calcaire blanc pour rebâtir la capitale, dont sa cathédrale St Paul. Les carrières, toujours actives pour certaines, ont laissé des paysages saisissants : à Tout Quarry, un parc de sculptures occupe les anciennes tranchées, où des artistes ont taillé une centaine d'œuvres à même la roche, dont une silhouette basculant dans le vide signée Antony Gormley. La promenade y est libre et surprenante, entre gorges minérales et échappées sur la mer.

Chesil Beach, l'œuvre de la mer

Depuis les hauteurs, le regard suit l'une des formations littorales les plus singulières d'Europe : Chesil Beach, un cordon de galets de 29 kilomètres tendu vers l'ouest, séparé de la côte par une lagune saumâtre, la Fleet, refuge de cygnes et d'oiseaux migrateurs. Les galets y sont calibrés par la mer, gros comme le poing au sud, petits comme des pois à l'autre bout ; les contrebandiers d'autrefois, dit-on, savaient où ils avaient accosté rien qu'en les touchant dans le noir.

Weymouth, le bord de mer à l'anglaise

Retour vers le nord pour finir l'escale en douceur. Weymouth aligne ses façades georgiennes le long d'une grande plage de sable, popularisée par le roi George III qui vint s'y baigner dès 1789, lançant la mode des bains de mer. Le vieux port, bordé de bateaux de pêche et de terrasses, sert d'excellents fish and chips, et la statue colorée du roi rappelle à qui la ville doit sa fortune. Flâner du port à l'esplanade en glace à la main reste un classique indémodable.

Larguer les amarres

En reprenant la mer, le navire longe une dernière fois les falaises claires et le cordon infini de Chesil Beach. L'escale aura montré un visage inattendu de l'Angleterre du sud : ni village de conte ni lande romantique, mais une terre de pierre, de phares et de vent, qui a littéralement fourni la matière de plusieurs capitales. On repart avec du calcaire plein les semelles et des horizons marins plein la tête.