Fernandina est la plus jeune des grandes îles des Galápagos et cela se voit au premier regard : pas de forêt, pas de plage aménagée, seulement des coulées de lave noire à peine entamées par la vie. Au centre, le volcan La Cumbre, toujours actif, dresse son cône massif au-dessus d'un océan où remonte un courant froid chargé de nutriments. Les navires d'expédition qui croisent dans l'ouest de l'archipel réservent souvent cette étape pour la fin, comme un point d'orgue.

Punta Espinoza, seul site de visite

Un unique lieu de débarquement est autorisé par le parc national : Punta Espinoza, une langue de lave au nord-est de l'île, face au canal qui la sépare d'Isabela. Selon la marée, le zodiac accoste à un petit ponton ou directement sur les rochers, à sec dans les deux cas. Le sentier balisé serpente ensuite sur la roche volcanique; les guides du parc, obligatoires, veillent à ce que chacun reste sur le tracé, car les nids sont partout.

Le royaume des iguanes marins

Le spectacle commence dès les premiers mètres : des centaines d'iguanes marins, les plus grands et les plus sombres des Galápagos, empilés sur la lave pour emmagasiner la chaleur. Fernandina abrite les colonies les plus denses de l'archipel. À marée basse, on les regarde brouter les algues des rochers découverts; les meilleurs nageurs plongent carrément pour se nourrir sous l'eau, un comportement unique chez les lézards. Leur indifférence totale aux visiteurs surprend toujours.

Le cormoran qui a renoncé au ciel

Quelques mètres plus loin, un oiseau trapu fait sécher des ailes réduites à des moignons : le cormoran aptère, incapable de voler, endémique des seules côtes de Fernandina et d'Isabela. À force de plonger dans des eaux poissonneuses sans prédateur terrestre, l'espèce a troqué le vol contre une puissance de nage remarquable. Les couples nichent à même le rivage, parfois à deux pas du sentier. Manchots des Galápagos, otaries, buses et crabes rouges Sally Lightfoot complètent ce bestiaire concentré sur quelques hectares.

Un laboratoire de la vie

L'endroit présente un intérêt que les scientifiques résument d'une phrase : c'est l'un des écosystèmes insulaires les plus intacts de la planète. Aucune espèce introduite ne s'y est établie durablement, cas rarissime pour une île de cette taille. Marcher ici, entre les cactus pionniers et les palétuviers accrochés aux anses, revient à observer une île en train de naître, à peine sortie de l'océan à l'échelle géologique.

L'île fait encore parler d'elle dans les revues scientifiques. En 2019, une expédition y a retrouvé une tortue géante d'une espèce que l'on croyait éteinte depuis plus d'un siècle, une femelle baptisée Fernanda, confirmée par analyses génétiques. La découverte rappelle qu'une partie de Fernandina, notamment les pentes du volcan, demeure à peu près inexplorée : le sentier de Punta Espinoza n'effleure que la bordure d'un monde toujours en formation.

Conseils de terrain

  • Chaussures fermées à bonne semelle : la lave pahoehoe est stable mais abrasive.
  • Regarder où l'on pose chaque pied : iguanes et nids se confondent avec la roche.
  • Distance réglementaire de 2 mètres avec la faune, même quand elle vient à vous.
  • Aucune installation à terre : eau et protection solaire viennent du bord.

Beaucoup de voyageurs classent cette étape parmi leurs plus marquantes des Galápagos, précisément parce qu'il n'y a rien d'humain à y voir. Quand le zodiac s'éloigne de Punta Espinoza, les iguanes n'ont pas bougé d'un centimètre, les cormorans plongent toujours, et l'on emporte la certitude d'avoir vu le monde fonctionner exactement comme il le faisait avant nous. C'est une leçon d'humilité que peu d'endroits sur Terre donnent avec autant de simplicité.